4ème Forum international Bouddhisme et Médecine, Lérab Ling, Juin 2013

4eme FORUM BOUDDHISME ET MEDECINEEn bref :
Pour la première fois en France, sont réunis les plus grands experts internationaux en médecine, neurosciences et bouddhisme pour présenter les dernières recherches sur les bienfaits de la compassion et ses applications tant dans le contexte médical que dans la vie quotidienne.

Compassion, empathie, altruisme, bonté

La compassion est souvent confondue avec d’autres modes de relation à l’autre tel que la sympathie, l’empathie, la bonté et l’altruisme.
➢ La sympathie est un mode de rencontre avec autrui qui naît de manière spontanée en réponse à une attraction affective.
L’empathie est un mode de connaissance d’autrui basée sur la perception de son besoin qui permet de se mettre à la place de l’autre tout en restant conscient de la différence entre soit et l’autre. L’empathie n’est pas forcément morale. Les plus grands tortionnaires sont des gens très empathiques. L’empathie est la porte qui ouvre sur la compassion.
➢ La compassion est un élan vers autrui qui prolonge l’empathie qui n’est possible que si l’on est en contact avec sa propre souffrance, capable de percevoir la souffrance de l’autre, le cœur ouvert, avec l’intention solidaire de soulager sa peine.
L’altruisme est une attitude généreuse qui se manifeste sans rien attendre en retour, dans le seul souci d’autrui, en faisant passer ses propres intérêts après ceux de l’autre. C’est une attitude indispensable à notre survie individuelle et collective.

La thérapie fondée sur la compassion, un modèle évolutif

Paul Gilbert
• La relation entre la compassion et l’évolution du comportement qui prend soin, soutient et encourage joue un rôle majeur dans la régulation du traitement et du sentiment de menace. L’évolution de l’attachement et des motivations pour prendre soin de l’autre, ainsi que des émotions qui leur sont affiliées, facilitent le développement de l’intelligence sociale d’où jaillit la pleine compassion. Il y a deux psychologies de la compassion : d’une part l’investissement qui implique l’attention, l’ouverture, la sensibilité à la détresse, la tolérance à la détresse et l’empathie, et d’autre part le soulagement et la prévention qui implique le soin attentionné, la réflexion, le ressenti, l’entraînement sensoriel et le comportement.
• Les pratiques fondamentales utilisées dans la thérapie basée sur la compassion sont : la respiration apaisante, le centrage dans le corps, un travail de développement du « soi compatissant ». Le lieu de résidence de ce soi compatissant se trouve au centre de notre mandala personnel. Il est l’autorité intérieure qui nous aide à contenir et réguler les aspects difficiles de nous-mêmes comme notre colère ou notre anxiété.

Corrélation neuronales entre compassion et équanimité chez les méditants expérimentés

Dr Antoine Lutz
• Des recherches ont montré que les comportements altruistes étaient présents à la petite enfance. Il semblerait que l’altruisme soit innée chez l’humain. Elle peut se développer par la suite de l’éducation.
• La compassion a un impact sur la santé. S’entraîner à la compassion permet de changer certaines connexions neuronales dans le cerveau.
• Développer la compassion permet de développer une plus grande capacité à l’empathie, à ressentir l’état de l’autre et permet une ouverture de l’esprit et du cœur sans se laisser entraîner par le ressenti émotionnel, où la souffrance de l’autre.
• Développer la compassion permet de se réguler et éviter le burn out.

Cultiver présence et compassion envers soi-même

Christine Longaker
Comment développer l’attitude des soignants et travailleurs sociaux à l a présence et à la compassion ?
La présence pleine de compassion est une façon d’être. Elle résulte d’un entraînement à l’attention et à la conscience ou la compassion aimant s’applique à nous-mêmes et nous relie à la paix profonde et la beauté fondamentale qui réside au cœur de notre être. Plutôt que de donner de la compassion aux autres, ce qui engendre déceptions et épuisement, il s’agit avec cette approche de se nourrir soi-même en se reliant un autre aide intérieure, notre authenticité et notre intention altruiste. Quand les professionnels de santé apprennent à incarner la présence de compassion en écoutant et en soutenant les autres, il découvre que tout devient sans effort et d’une efficacité surprenante. En intégrant une attitude de présence compassionnelle à leur quotidien, ils éprouvent un sentiment de renouvellement et de complétude.
• La présence pleine de compassion, c’est apprendre simplement à être avec une attention compatissante, un cœur ouvert et la profonde conviction que dans cet espace, ce qui se doivent se relier à leurs propres ressources intérieures de force, de sens d’espoir.

Compassion et vie quotidienne

Ringu Tulku Rinpoché
• Le mot compassion à une connotation négative : « souffrir avec ». Le sens profond du mot est méconnu.
• Dans nos sociétés modernes, on se met une pression d’exigences et de perfection. La compassion commence par soi-même. Je suis ce que je suis, ni meilleur, ni pire. Il n’y a que des différences. Bien sûr que je peux m’améliorer, mais déjà, je m’aime tel que je suis que ce soit bien ou mal. Mon humeur ou l’humeur des gens ne qualifie pas ce que je suis. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas porter attention aux opinions des autres mais simplement relativiser.
La compassion est une pratique que l’on entraîne étape par étape. C’est bon pour moi d’être utile aux autres. Le sentiment de culpabilité de ne faire pas des choses pour les autres ou à l’inverse de se sentir bien d’être utile, n’a pas sa place. La compréhension de la compassion est liée à la compréhension du lien. Ce n’est pas moi ou et eux ou moi pour eux, c’est nous.
• L’être humain de par sa nature avec une grande capacité à se concentrer sur le négatif et oublier le positif. L’entraînement le plus important est de se concentrer sur les sentiments émotions action tout ce qui est positif dans ma vie plutôt que de me concentrer sur ce qui ne va pas. Apprendre à se concentrer sur le positif permet d’équilibrer nos vies.

La compassion au cœur de l’accompagnement thérapeutique des épreuves de fin de vie

Dr Christophe Fauré
Les épreuves de vie, telle la maladie grave, la fin de vie, le deuil, sont des moments d’intense souffrance où la compassion n’est plus une option ou une simple posture : elle devient une absolue nécessité.
• Au-delà de la relation de soignants à patient, quelque chose d’infiniment subtile se passe dans le tréfonds du cœur de chacun, soignants et soigné, un cœur à cœur qui touche à son essence même et met en résonance sa nature fondamentale.
Si ce mouvement n’est pas nécessairement conscient de la part de la personne malade, en souffrance ou en deuil, il gagne à le devenir chez la personne qui prend soin, en l’invitant à le cultiver activement en elle-même, en pleine conscience.
• Ainsi, alors, lorsque le soignant fait un effort pour développer en lui-même la conscience de sa nature fondamentale, il peut été la personne en souffrance à se révéler à elle-même dans lequel est, elle aussi, en essence. Cette connexion intime peut s’avérer thérapeutique tant au niveau physique qu’au niveau spirituel. L’accompagnement peut devenir alors un chemin implicite d’éveil.

Présence à soi, présence à l’autre

Dr Thierry Janssen
• La relation thérapeutique est une rencontre et il n’existe pas de rencontres sans véritable contact avec l’autre. Or, comment établir un véritable contact avec l’autre si l’on n’est pas en contact profond avec soi-même? C’est dans la réponse à cette question que réside le secret d’une relation thérapeutique vraie et efficace.
En tant que soignant, il faut pouvoir développer un espace intérieur pour devenir pleinement conscient de ce qui se passe en nous, physiquement, émotionnellement et intellectuellement.
Respirer, rester centré et bien ancré dans notre corps, à l’écoute de nos sensations, en adoptant une attitude qualifiée de méditative. Ne pas tomber dans le piège de la volonté de performance mais développer une qualité de présence.
• Rencontrer l’autre en évitant d’échafauder des théories à propos de notre vie mais en percevant l’espace intime entre lui et nous, en se laissant informer par nos perceptions.
• Être avant de faire. Cette attitude est difficile cultivée dans nos sociétés contemporaines où l’individu est valorisé à travers ses compétences et ses performances. Pourtant, plus notre qualité de présence à nous-mêmes est grande, plus nos de capacités intuitives, notre empathie et notre aptitude à la compassion augmentent.
• Le regard bienveillant que nous posons sur l’autre devient une force de guérison. Cela n’est possible que si nous sommes capables de bienveillance et de compassion envers nous-mêmes. Il convient d’apprendre à faire taire la voix du juge intérieur qui nous empêche être simplement présent et l’écoute de qui nous sommes et de ce qui se passe en nous. Notre corps est le principal outil de la relation thérapeutique.

Compassion pour soi et bien-être

➢ Kirsten Neff
La compassion pour soi-même consiste à faire preuve envers soi-même de bienveillance, comme nous le ferions pour un ami ou un être qui nous est cher. Plutôt que de nous juger et de nous étiqueter comme bon ou mauvais, la compassion pour soi-même consiste à considérer avec bienveillance les êtres humains imparfaits que nous sommes et à apprendre à faire face aux inévitables difficultés de la vie avec davantage de présence et d’aisance.
• La compassion pour soi-même nous invite à procéder aux changements nécessaires dans notre vie, non parce que nous sommes nuls ou inadaptés mais par ce que nous prenons soin de nous-mêmes et voulons réduire notre souffrance. Faire preuve de compassion pour soi-même renforce le bien-être psychologique. Cela n’a rien à voir avec auto apitoiement ou complaisance. Cela n’affaiblit pas davantage notre motivation inchangée ou à atteindre nos objectifs.

Apprendre à se soucier d’autrui : perspectives scientifiques et individuelles sur les bienfaits de l’entraînement de l’esprit

Cliff Saron
Les processus de l’attention, de l’émotion et de la physiologie se trouvent modifiés au fil de trois mois d’entraînement intensif et constant au calme méditatif, en cultivant l’intérêt bienveillant, par la pratique de l’amour tendresse, de la compassion, de la joie empathique et de l’équanimité.
• Une importante équipe internationale a fait appel à des mesures scientifiques qui comprennent des paradigmes établis de la neuroscience cognitive et affective, des biomarqueurs du stress et de l’affiliation, des études d’électroencéphalogramme, de la psychophysiologie automatique, des expressions faciales de l’émotion, des instruments d’auto évaluation, des rapports oraux et écrits de l’humeur quotidienne, et l’analyse thématique d’entretiens structurés.
Nos découvertes initiales apportent la preuve d’améliorations dans les qualités d’adaptation psychologique et les aptitudes liées à la perception et à l’attention. Des changements dans l’activité cérébrale au cours de la méditation. Des améliorations dans la maîtrise des réactions habituelles. Des changements dans la réponse émotionnelle à la souffrance humaine perçue. Des changements dans les biomarqueurs associés au stress et à la réparation cellulaire en lien avec des changements psychologiques.
Ces découvertes montrent combien les effets de cette expérience d’une retraite de trois mois ont une portée extrêmement large.

Compassion dans le monde du travail

Emma Sepalla
La recherche montre que le lien social est un besoin humain fondamental. Nous assistons cependant actuellement à un déclin du lien social et des moments humains sur le lieu de travail. De nouveaux développements de la recherche sur la compassion montrent les bienfaits et les profits qu’une organisation peut retirer de la mise en œuvre de valeur de compassion.