La pleine conscience dans l’accompagnement des personnes en fin de vie, Frank Ostaseski, Février 2013

La pleine conscience dans l'accompagnement en fin de vie

Depuis 20 ans, mourir est accompagné par des gestes techniques. La capacité à s’occuper les uns les autres est oubliée. La spiritualité et les rites liés à la mort sont mystifiés. Il est important de se souvenir de ce que l’on sait déjà : de contacter le sacré, de voir les choses d’une nouvelle façon et non pas de voir d’autres choses.
Un séminaire animé par Frank Ostaseski

Quel regard sur le processus de mort ?

Le patient pris dans le processus de mort nous propulse au-delà d’un soi conventionnel.
La personne qui meurt a envie d’avoir en face d’elle quelqu’un qui maîtrise et donne des réponses à ses questions sur sa maladie ou ce qui l’emporte. Il est aussi important de lui donner du sens. Le troisième territoire est celui du mystère, du lien au spirituel (sans obligatoirement impliquer un lien religieux).
Le processus de mort permet de découvrir les choses et se défaire de ses voiles et de ses croyances. C’est un processus ultime de transformation.

Comment accompagner ?

Il existe une pratique zen qui propose d’écrire un poème le jour de sa mort et d’y mettre les valeurs essentielles pour nous.
Il n’y a pas une unique façon de mourir, ni une façon d’accompagner. Souvent, on sous estime le pouvoir de la présence humaine, or c’est le moins intrusif et le plus à même de soulager.
Restez présent face à la souffrance. Restez dans la pièce, même lorsque cela commence à devenir difficile. Il y a beaucoup de peurs de la souffrance lors du passage. Le contact avec la souffrance et son respect est le socle de la compassion. Le corps est très attaché à la vie. Même si l’esprit est prêt, il ne gouverne pas tout. Le corps contient, le corps soutient.

Qui accompagne qui ?

Les mourants soutiennent souvent les vivants alors qu’on pourrait penser que c’est l’inverse. La force intérieure du soignant lui permet de rester avec ce qu’il cherche à fuir. L’enseignement ne vient pas des diplômes mais de la vie. Chacun d’entre nous apprend de nos vies ce qui compte pour lui. Avoir envie de partager suffit. Une personne mourante nous fait le cadeau de son partage. Comme un «gardien de sagesse», c’est une forme d’héritage qu’il faut honorer. Tout est le support d’un éveil.

Qu’est-ce que je peux faire de plus ?

Nous ne sommes pas responsable de l’autre. Il ne s’agit de faire plus ou de donner plus mais simplement d’être et cela même suffit. Parfois il y a trop de douleur et c’est trop difficile à ce moment là de sa vie de s’ouvrir à sa douleur. L’important pour l’accompagnant est d’ouvrir un espace. De proposer et attendre. Dès que l’on donne un peu d’espace, les choses peuvent de déployer et se montrer. Ou pas.

Quelle relation entre la souffrance et la compassion ?

Nous sommes très habile à éviter la souffrance. Peu de gens demandent: « Comment vas-tu ? » Ils demandent plutôt «Quelle température as-tu?» «As-tu fait tes exercices?» «Sur une échelle de 1 à 10 comment tu situes ta douleur?» Si on est trop focalisé sur la résolution de problèmes, la personne finit par s’identifier au problème et le soignant ne fait plus que des gestes techniques.
La présence de la compassion nous aide à demeurer avec jusqu’à ce qu’une vérité plus profonde puisse émerger. La compassion n’est pas être gentil ou donner de bons conseils, c’est découvrir qui nous sommes vraiment dans la présence à l’autre.
Dis-moi de quelle façon tu fais l’expérience de la compassion ?

Ouvrir son cœur en gardant un dos fort

Un soignant a toujours envie de transmettre beaucoup d’amour. C’est la base du soin. Souvent, le soignant offre son dos en déplaçant le patient. Il se «casse le dos.» Il est important d’ouvrir son cœur. Un dos fort et un devant tendre et non l’inverse.

Créer un pont

Quand il y a un pont entre le patient et nous, qu’est-ce qui va nous donner la force de remplir le vide ? L’amour et l’abandon. Il est important pour le soignant d’être à l’écoute et pratiquer la pleine conscience :
Reconnaître la souffrance, la douleur et pouvoir nommer les choses.
Lâcher-prise : éviter de rentrer en lutte avec la souffrance. Simplement accepter qu’elle est là, maintenant.
Contenir : il est inutile de projeter à l’extérieur sa colère.
Recadrer : voir que la présence de la colère est une opportunité.
Recevoir : le ressenti complet et les effets du ressenti.

Quels sont les défis pour les soignants ?

Le burn-out : le stress cumulé. Une demande répétitive avec non prise en compte des besoins et perte de sens de sa mission. 60 % des soignants rencontrent ce problème.
Traumas secondaire : dysfonctionnement qui résulte lorsqu’on a longtemps été exposé à la souffrance des autres. On ne peut pas être exposé au quotidien à la mort, à la maladie, à la souffrance, sans être affecté.
Détresse morale : savoir ce qu’il faut faire et ne pas pouvoir le faire (hiérarchie, organisation). L’hostilité horizontale la première cause du burn out.
Violence structurelle : attentes irréelles de la part de l’équipe soignante. Il est dangereux de se réfugier derrière les check-lists comme dans les avions. Il est important de mener une réflexion sur le sens du service.

La rencontre est une danse entre nous et l’autre. Se laisser impressionner par l’autre, sans filtre, sans décodage, sans pensée. La rencontre se fait toujours entre deux enfants, deux enfants parfois blessés, deux enfants qui ont des peurs, deux enfants qui peuvent être sur la défensive… reconnaître dans la rencontre avec l’autre, l’être humain à part entière.