La terre comme soi-même, Michel Maxime Egger

LA TERRE COMME SOI-MEME« Ce livre nous interpelle au plus intime de nous-mêmes et nous invite à repenser notre industrie, notre agriculture, notre médecine, notre éducation, notre alimentation. Quel avenir voulons nous pour l’homme et la planète? Nous sommes dans un passage, entre un système qui ne fonctionne plus et un autre émergeant qui se cherche. Cette transition est un appel à notre imagination et à notre créativité. Comment fédérer les consciences et les énergies mettre nos talents et nos moyens au service de la construction d’un monde digne de l’intelligence universelle? » Pierre Rabhi

L’HUMANITÉ à LA CROISÉE DES CHEMINS

La crise écologique que nous vivons est spirituelle car elle touche aux fondements mêmes de la civilisation occidentale : une conception dualiste et désacralisée du cosmos et de l’être humain. Cette crise n’est pas seulement en dehors, mais au-dedans de nous. L’écologie extérieur ne suffit pas, elle doit être complétée par une écologie intérieure : une écospiritualité. Cela implique un changement de paradigme, le passage d’une transformation de soi à la transformation du monde.

Que révèle la crise écologique?
Les dérives d’un paradigme hérité de la modernité occidentale
Depuis le XVe siècle, notre manière de voir et de penser est fondée sur l’exaltation de la rationalité logique, sur la supériorité de l’homme et la primauté des principes masculins. La nature est désacralisée et Dieu expulsé. L’occident souffre depuis d’un dualisme qui sépare tout : Dieu et la création, l’humain et la nature, l’esprit et la matière, le masculin et le féminin, la foi et la raison, etc.
Impasses d’un mode de vie et de développement
Le système socioéconomique dominant repose sur une idée de croissance, de toute puissance de la technoscience et la satisfaction des besoins des consommateurs. Ce système capitaliste, si dévastateur pour la planète, ne perdure que par ce qu’il vit en nous à travers l’instrumentalisation subtile de nos peurs archaïques (mourir et manquer) et de notre puissance de désir dégradée en envies et pulsions.
La crise écologique n’est pas que d’ordre économique, politique ou éthique, elle est culturelle, psychologique, spirituelle et touche aux fondements mêmes de notre civilisation.

Limites de l’écologie extérieure
Plans d’actions d’une écologie extérieure
– Le plan politique et éthique recouvre l’élaboration de conventions et de normes internationales, de lois, de code de conduite, de certification, de réformes des institutions.
– Le plan pratique au niveau collectif et individuel est un champ d’action immense comprenant la recherche le développement et la promotion de systèmes de production, de modes de transport, l’utilisation de technologies vertes et d’énergies renouvelables…, et de tous les écogestes au quotidien.
Indispensable et non suffisant
Les meilleurs conventions internationales, les techniques les plus innovantes ou les chartes éthiques les plus vertes ne suffiront pas, parce que ces mesures restent de l’ordre du faire et de l’horizontalité. Or, il est des problème qu’on ne peut résoudre en restant au plan de réalité et de conscience où ils ont été créés, il faut changer de niveau.La crise écologique questionne se que nous faisons mais aussi ce que nous sommes dans le cœur et pas seulement dans la tête.

Fondements d’une écospiritualité
Construire une écologie intégrale qui intégrerait tous les plans (normatifs, éthiques, politiques et pratiques) de l’écologie extérieure et les dimensions de l’écologie intérieure relevant de la conscience :
– nos paradigmes,
– l’état psycho-spirituel de notre être, notre cosmos intérieur avec tout ce qui l’habite : désir, besoin, envie, pulsion, peur, manque, résistance psychologique, habitudes, émotions refoulées et négatives…
Percevoir la dimension sacrée, immanente et transcendante de la nature à partir d’un autre niveau de conscience que celui où nous vivons ordinairement. L’enjeu est de comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement de la survie de la planète et de l’espèce humaine, mais du sens même de la vie.

Métamorphose radicale
La mort pour une nouvelle naissance : le processus créateur est fait d’autodestruction et d’autoconstruction pour permettre à de nouvelles qualités et propriétés d’émerger. Cela suppose un changement de niveau d’être et de conscience. Cela implique de revoir en profondeur notre mode de perception et de connaissance et de réinterroger les notions de croissance, de progrès et de qualité de vie mais aussi nos représentations de Dieu, de la nature et de l’humanité.
Opérer un retournement vers autre chose : on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres. Arranger ce qui ne va pas dans un ensemble qui pour l’essentiel demeure ne fonctionnera pas.

Travail de transformation intérieure
Refonder une cosmologie non dualiste : redonner à la création de sa sacralité sans rien lui a enlever de sa matérialité.
Repenser la place et le rôle de l’être humain dans la création : échapper au piège de l’anthropocentrisme, sans tomber dans le comoscentrisme.
Élaborer les fondements d’une transformation personnelle : incarner cette nouvelle conscience de la nature et de l’être humain dans les attitudes d’humilité, de respect et d’amour à travers la redécouverte des dimensions de la prière, de la méditation, du jeûne, d’un chemin intérieur pour libérer l’être et l’aider à dépasser ses peurs et envies qui nourrissent le capitalisme. Cela demande un éveil à un autre mode de connaissance (sensoriel, spirituel et symbolique) afin d’être capable d’intégrer tous les plans de réalité (physique, biologique, mental et divin).

Responsabilité du christianisme
Le rôle majeur des religions de par leur influence sur l’imaginaire social et culturel, les visions du monde et les attitudes à l’égard de la nature.
Lucidité espérance et foi : la lucidité permet de voir clairement la gravité et l’urgence de la situation. L’espérance évite l’accablement. Si l’espoir vient de l’extérieur, l’espérance vient du cœur profond, comme une aspiration, un élan à accomplir le non-encore accompli de l’être. La foi est le lien entre lucidité et espérance.

AUX RACINES DE LA CRISE ÉCOLOGIQUE

«La crise écologique et la crise une culture qui a perdu le sens de la sacralité du monde, parce qu’elle a perdu sa relation à Dieu» Jean de Pergame, théologien orthodoxe.

Frankenstein, Cassandre et le Titanic
Frankenstein ou les conséquences d’un orgueil
Les atteintes à la nature ne datent pas d’aujourd’hui. Un sentiment de dégradation écologique existait déjà au Moyen Age. Mais aujourd’hui, la destruction et les perturbations de la biosphère ont atteint une ampleur et un rythme sans précédent dans l’histoire et les conséquences sont de plus en plus incontrôlables.
Ce n’est pas seulement la société, mais aussi la nature qui subit les contrecoups de l’orgueil humain, de sa quête d’avoir est de savoir au nom du progrès. La terre souffre et s’appauvrit chaque année davantage, victime d’un modèle de développement fondé sur la croissance infinie, le profit immédiat, l’hyperconsommation, la jetabilité.

Cassandre ou l’incapacité de croire à ce que nous savons
Les réactions, en particulier des politiques, ne sont pas à la hauteur. Le fossé reste énorme entre la gravité des problèmes et les mesures adoptées. Aujourd’hui, tous les indicateurs écologiques sont au rouge vif. Pourquoi avons-nous de telles difficultés à passer à l’acte ? Plusieurs hypothèses :
Césure entre la raison et le cœur : les idées sont nécessaires mais ne suffisent pas à un véritable changement de vision et de comportement. Il faut que l’information ou l’idée passe du mental au niveau de l’être, soit qu’elle descende dans le cœur profond pour que nous ressentions la nécessité intérieure d’une transformation, le besoin impérieux de modifier notre mode d’être, notre style de vie, nos relations avec la nature. Souvent, ce passage n’a pas lieu car nous sommes divisés entre notre intellect, notre raison et le cœur, nos émotions.
Difficultés de perception : l’information environnementale, du fait de sa globalité et de sa complexité, possède souvent une dimension abstraite, difficile à percevoir au quotidien. Les changements sont graduels (parfois lointains) et nous nous y habituons.
Séparation avec la nature : dans les villes, à la maison, à l’école ou au travail nous sommes tellement peu en contact (épidermique, physique, sensoriel, spirituel) avec la texture de la terre, de la lumière, avec les cycles du soleil et de la lune, avec les esprits des arbres et des plantes, que nous sommes coupés de la nature existentiellement et émotionnellement. Nous sommes peu à même d’être touchés par sa souffrance. Et tout notre système d’éducation centré sur le mental rationnel renforce cette séparation.
Besoin de se protéger : de nombreuses personnes sont dans un refoulement de leur affliction et de leur douleur pour les maux de la Terre. qui reste non formulée, en particulier chez les enfants et les jeunes.
Peurs et blocages : personne n’est totalement épargné par la souffrance de la Terre mais nous craignons que cette affliction nous dépasse. Nous rejetons alors cette souffrance, cette angoisse ou cette tristesse où nous nous sentons démunis et impuissants. Nous refusons aussi de nous sentir coupables de phénomènes négatifs qui excèdent notre champ de responsabilité avec la contradiction que, quoique nous fassions, nous y participons. Nous pouvons aussi éprouver un sentiment d’impuissance et de désarroi devant l’ampleur d’une réalité qui contredit le modèle de l’individu gagnant, efficace, maître de lui-même et du monde forgé par la culture occidentale.
Résistance au changement : ces différents obstacles intérieurs et émotionnels rendent difficile une transformation de nos comportements. D’où un manque de cohérence plus ou moins grand entre nos convictions et nos gestes quotidiens. Presque une forme de schizophrénie. Nous savons que la planète est en péril et que notre mode de vie participe à sa dégradation. Dans le même temps, nous continuons notre vie quotidienne sont trop y penser.

Le Titanic ou les illusions de la technique
Nous n’arrivons pas à croire dans la crise écologique parce que nous croyons dans la capacité de l’être humain à y faire face et à le résoudre grâce à la science, la technique et l’intelligence.
Tous ces éléments (orgueil, aveuglement, illusions) entravent l’accès à une autre manière de voir et inhibent notre capacité d’action face aux problèmes écologiques. Il n’est rien de plus énergivore et paralysant pour une personne que les divisions intérieures, le refoulement des émotions et ressentis. L’énergie nécessaire à la réflexion et à l’engagement est alors neutralisé. Il en résulte une fragmentation du moi qui engourdit le cœur et l’esprit, pousse au repli sur soi, à la survie à court terme, au fonctionnement mécanique dans les habitudes, à l’évasion dans la consommation et à la passivité politique. La crainte ne peut pas être le fondement effectif d’une sagesse écologique. En jouant sur la peur et la culpabilité, l’écologie politique infantilise les gens et le résultat est à l’inverse de celui recherché. Les ressorts intimes de l’être s’opposent à l’engagement.

Le paradigme de la modernité
La désacralisation de la nature
La perte de sacralité remonte à la fin de l’époque médiévale (XVe siècle), à l’émergence de la modernité avec la Renaissance, le siècle des Lumières et la révolution industrielle. Alors l’Europe occidentale passe à une conception dualiste des choses.
Une première dimension du dualisme est théologique et conduit à une séparation du Dieu et le monde. Nous passons d’un divin transcendant et immanent à un divin extérieure à la nature et à l’être humain. La théologie et de la science cherche une explication ultime du monde et adopte la logique causale comme clé de compréhension.
Pour la science seul le visible mesurable et objectivable existe. Il n’y a plus qu’un seul niveau de réalité, explicable par lui-même, connaissable par nos sens et notre raison. Le livre de la nature ne parle plus de signes divins, mais de structures mathématiques et de phénomènes quantitatifs, classifiables et quantifiables.

Mutilation de l’être humain
La modernité a miné l’anthropologie ternaire traditionnelle : corps, âme, intellect spirituel (esprit). Elle a réduit l’être humain à un composé psychosomatique corps-sôma et âme-psychè, en le privant de la troisième faculté : l’intellect spirituel-noûs.
Homme sans cieux : l’être humain ne se définit plus par son origine céleste, mais par sa réalisation terrestre. Les seules limites que l’homme accepte sont celles qu’il érige lui-même. L’autonomie succède à l’hétéronomie, l’histoire forgée par l’homme succède à la providence céleste, le temps historique à l’éternité, la raison souveraine à la volonté divine, la morale aux lois cosmiques, le droit aux commandements bibliques.
Homme dé-naturé : la nature est transformée en une chose dont l’homme se veut le maître et possesseur. Elle devient un agrégat d’éléments utilisables et à son service, un milieu à exploiter pour la satisfaction de ses envies et besoins individuels.
Homme patriarche : l’exacerbation des valeurs masculines au détriment des valeurs féminines est l’un des moteurs essentiels de la conquête humaine de la nature. Alors que pour les traditions spirituelles et l’Antiquité, la qualité d’une personne et de ses actions dépend de son âme et de sa manière d’être, la modernité opère un renversement : l’être de l’homme résulte de ces actions. Nous ne savons plus être, nous ne savons plus que faire.

Réduction de la connaissance
Les traditions spirituelles distinguent généralement quatre types de connaissance, chacune ayant un lien prioritaire avec le corps, l’âme ou l’esprit.
L’intelligence corporelle ou l’exercice des facultés sensorielles : pour accéder au réel dans sa dimension physique, matérielle et sensible.
L’intelligence affective ou les émotions et sentiments : pour être en relation avec le monde et les autres sur un mode plus intérieur, intuitif et éventuellement passionnel.
L’intelligence rationnelle qui corrige les données des sens et émotions et développe une compréhension du réel en l’analysant.
L’intelligence contemplative qui mobilise l’intellect spirituel uni au cœur (siège de l’unité de l’être) et ouvre à l’essence des choses et à la Réalité ultime. L’intelligence contemplative abolit la dualité entre le sujet connaissant et l’objet de la connaissance. Elle ouvre une conscience infiniment plus profonde que la conscience ordinaire enfermée dans les limites de l’ego. Son langage est celui du mythe et du symbole. Le mythe, du grec muthos, muet, exprime l’ineffable. Le symbole du grec symbolon, l’anneau, est ce qui unit.

Les ressorts intimes de l’homme
La marchandisation du monde
– L’économie capitaliste (privée ou d’état, socialiste ou néolibérale), est le couronnement des dualismes initié par la modernité. Elle est le fruit du formidable processus réductionniste du réel, à l’œuvre depuis quatre siècles. L’esprit est coupé de la matière. Le visible se retrouve réduit au matériel dans l’ordre marchand et financier.
– L’idée que l’être humain est maître par sa raison et sa technique, lui permet d’user de la nature comme bon lui semble afin de permettre le développement économique.
– Se développe une vision du monde, de l’être humain et du temps axée sur un ensemble de valeurs : croissance, travail, efficacité, concurrence, innovation, propriété, consommation.
Métamorphose du temps
– Dès le XIIIe siècle, l’Occident va passer progressivement du temps circulaire et sacré, approximatif et local, au temps linéaire et sécularisé, précis et en voie de mondialisation. Au rythme des saisons succède la mesure de l’horloge.
– Depuis 1980, le monde occidental entre dans le règne de l’urgence et de l’immédiat pour obéir aux principes du « toujours plus, toujours plus vite ». Cette deuxième mutation est le fruit de plusieurs facteurs : la globalisation qui exacerbe la concurrence économique et oblige à une hyperréactivité aux sollicitations du marché, les techniques de l’instantané (Internet, courriel, téléphone portable) qui transmettent des informations à la vitesse de la lumière, la dictature de la finance qui oblige les entreprises à une logique de profit maximal et à court terme.
Nous devenons des êtres humains pressés, hyperactifs, engloutis dans l’immédiateté, en quête incessante de performance et d’intensité et fonctionnant en temps réel. Cet être humain est par là même souvent inapte à la vie contemplative, réfractaire à la lenteur de la nature, déconnecté de ses biorythmes, des cycles et des saisons.
Puissance des envies
– Une extraordinaire énergie de désir et de puissance de vie existe dans l’être humain. Cette énergie peut se manifester de différentes manières, selon qu’elle est purifiée ou polluée, consciente ou inconsciente. Elle peut élever la personne et l’ouvrir à l’amour, la beauté, la solidarité, la justice, Dieu. Désorientée, elle peut enfermer l’individu dans ses pulsions inconscientes, irrationnelles et animales.
– L’envie, c’est le désir dégradé en pulsions. Là où le désir implique une ouverture à l’autre (humain, non humain ou divin), l’envie induit une fermeture dans un soi narcissique ou mimétique. Le désir libère, l’envie aliène et démultiplie la fascination et l’emprise de l’argent sur l’être humain. L’argent acquiert alors une force destructrice car il perd son rôle d’échange et devient une fin pour lui-même.
Angoisses du manque
« Il y a assez de ressources sur cette planète pour répondre aux besoins de tous, mais pas assez pour répondre aux convoitises et au désir de possession de chacun. » Gandhi.
Une angoisse archaïque : la confusion entre désirs et envies, besoins relatifs et besoins absolus est alimenté par la peur de manquer sous-tendue dans les tréfonds de l’inconscient par la peur de la mort. Celle-ci commande, à notre insu, une grande part de nos comportements.
Enracinée par des siècles de lutte économique : cette angoisse du manque n’existait pas dans les sociétés primitives centrées à la fois sur la subsistance, la prodigalité, le don et la symbiose avec la nature. Les chasseurs collecteurs vivaient dans la conscience de l’abondance. Ils ne cherchaient pas à rentabiliser leurs activités, à exploiter leurs ressources, ils ne produisaient pas de surplus, ne stockaient rien.

La crise écologique appelle une réaction à la mesure de ses racines profondes : une réponse spirituelle. Elle interprète les religions et sagesses du monde. Quel rôle y a joué le christianisme ?

L’AMBIVALENCE DU CHRISTIANISME

«Ce n’est pas un hasard si une vision purement matérialiste de la nature est apparue pour la première fois dans le monde chrétien et non dans le monde hindou et musulman. » Philip Sherrad

La tradition judéo-chrétienne
La sagesse écologique chrétienne
Pour certains courants portés par des écologistes, des scientifiques, des historiens philosophes et même des théologiens, le christianisme occidental porterait un lourd fardeau de culpabilité dans la crise environnementale. En ligne de mire un passage de la Genèse : « Soyez féconds, multipliez, emplissez la terre et soumettez-la, dominez sur les poissons de la mer, les oiseaux du ciel et tous les animaux qui rampent sur la terre » (I, 26-28). Ce verset serait fondateur et symbolique d’une tradition religieuse profondément anthropocentrique, dualiste et anticosmique.
Des théologiens proposent en rupture avec la tradition biblique des approches holistiques et panenthéiste (=Dieu en toute chose et toutes choses en Dieu) en opposition radicale avec le théisme (=Dieu extérieur au monde). Ils prônent de passer de l’anthropocentrisme à un nouvel équilibre homme-nature, du rationalisme au mysticisme, d’une morale de l’obéissance à une éthique de la créativité, du salut individuel à la compassion universelle.
Trois courants de pensée, issus pour l’essentiel du monde anglo-saxon, ressortent par leur rayonnement et influence :
Le mouvement du Christ cosmique où Dieu en s’incarnant aurait intégré en lui l’ensemble du cosmos et de ses règnes. Il constituerait ainsi la vie et le renouveau de tout univers, le lien d’unité entre toutes les créatures. Il serait présent dans toutes les religions sous d’autres formes symboliques.
L’écoféminisme construit sur de nouvelles images (matricielles, antipatriarcales, et non hiérarchiques) de la Trinité, des cosmologies centrées sur l’Esprit Sain et la Sagesse divine comme principes féminins, créateurs de vie et ferments d’unité au sein de la création.
La théologie du processus développé dans une perspective chrétienne qui rejette cinq images de Dieu : le moraliste qui juge et punit, l’absolu lointain et impassible, le tout-puissant qui détermine et contrôle tout, le conservateur et le patriarche dominant et inflexible. Ils substituent à ces représentations celles d’un Dieu non trinitaire, masculin et féminin, aimant et créatif, immanent et en relation intime avec ses créatures, compatissant à leurs souffrances,  respectueux de leur liberté ainsi que de leur capacité d’auto-accomplissement.

Composantes de la théologie chrétienne ont des incidences négatives en matière écologique
Lutte contre les croyances païennes
Dans la lignée du judaïsme qui a lutté contre les divinités païennes et les cultes qui idolâtraient la nature, les églises ont tenté d’éradiquer la pensée animiste, les magies cosmiques, les croyances qui célèbrent les esprits présents dans les astres, les sources, les arbres et les rochers.
Séparation entre le crée et l’incréé
Par peur du panthéisme, le christianisme a tendance à accentuer l’abîme entre le créé (naturel)  et l’incréé (surnaturel). L’un et connaissable par la raison et l’autre accessible par la foi. En refusant le dialogue avec la science (siècle des Lumières), l’église a laissé la science et la technique à elles-mêmes. La nature s’est vidée de son mystère divin.
Religion centrée sur l’homme
Le christianisme est une religion anthropocentrique qui a coupé le cordon ombilical reliant l’être humain avec la terre-mère et souligné Sa liberté transcendante par rapport aux lois du cosmos. En occident, l’image divine a été définie principalement comme la capacité rationnelle à penser, laquelle constituerait l’essence de l’humanité. Les églises catholiques et protestantes ont participé à l’exaltation de la raison (analytique et instrumentale) par laquelle la modernité a livré la nature au pouvoir de la technoscience.
Foi dans l’histoire et le progrès
La tradition judéo-chrétienne a rompu avec une représentation héritée des anciens pour affirmer une conception linéaire du temps en postulant pour un monde créé ex nihilo (à partir de rien), avec un début et une fin. Le temps historique va quelque part. Il se dirige vers un progrès, une fin salvatrice : le second avènement du Christ et la résurrection finale. Nos actions quotidiennes sont alors dominées par une foi implicite dans le progrès perpétuel qui était inconnu aussi bien de l’antiquité gréco-romaine que de l’orient.
Méfiance à l’égard du corps
Le christianisme a été marqué dès ses origines par une attitude ambiguë à l’égard des réalités terrestres. Il n’a jamais condamné la matière en tant que tel est pourtant la spiritualité est souvent vécue comme désincarnée et dématérialisée, centrée sur la purification de l’âme et la quête de Dieu au détriment du corps et du monde.
Esprit patriarcal
Avec une théologie trinitaire centrée sur la figure du père, une certaine lecture de la Bible qui fédère l’instrument du diable, les structures hiérarchiques excluent les femmes et les voient souvent comme une tentatrice démoniaque parce qu’elle possède une connaissance symbolique intérieure et subtile de la nature et de ses pouvoirs. Les églises ont développé au cours des siècles une forte culture patriarcale et sexiste où les femmes sont ravalées à un rang inférieur.
Évasion vers l’au-delà
La tradition judéo-chrétienne a introduit la croyance en un progrès de l’histoire. Elle a propagé l’espérance en un futur différent et meilleur que le présent. Le risque est de glisser dans la résignation, le désintérêt voire l’indifférence face aux réalités actuelles et naturelles. Comme s’il fallait sacrifier la vie terrestre et serrer les dents dans l’espérance d’une consolation future dans l’au-delà. Nombre de pères de l’église et de théologiens excluent les animaux, les plantes et les minéraux de la résurrection finale. Une telle posture est un réel obstacle à la responsabilité et à l’engagement écologique des églises et de leurs fidèles.

Besoin d’une critique différenciée
Il est totalement exagéré et bien entendu d’établir un lien de causalité directe entre le christianisme et la destruction de la planète. La crise écologique, nous l’avons dit, puise ses racines dans la modernité occidentale qui est à bien des égards un processus de christianisation des sociétés.
Il y a également dans la Bible des milliers de pages où apparaissent plusieurs postures respectueuses à l’égard de la nature et où l’être humain doit agir envers la nature comme à l’égard de son prochain.
Il ne faut pas oublier non plus que les auteurs des textes bibliques et les pères de l’église vivaient dans un ordre au contexte historique, culturel, social et environnemental, différent du notre. Ils n’avaient pas nos connaissances scientifiques de la nature et du corps humain. Les mots qu’ils utilisaient : « chair », « monde », « nature », etc. n’avait pas forcément les mêmes significations et connotations qu’aujourd’hui.
Par ailleurs, dans l’Europe médiévale, la nature échappait largement à la maîtrise humaine. Elle faisait peur avec ses épidémies, ses vastes forêts parfois impénétrables, ses bêtes sauvages, ses immensités vierges, ses longs et rudes hivers.
La prudence est donc de rigueur dans la compréhension et les conclusions parfois hâtives que l’on peut tirer des textes de la tradition.

Globalement il ressort de l’histoire du christianisme une profonde ambiguïté face à la nature, avec des positions envers la création très variables.

Les postures fondamentales envers la nature
• Les ambiguïtés de la tradition chrétienne face à la nature découlent du schéma métaphysique qui sous-tend sa pensée. Celle-ci est structurellement eschatologique (=tendu vers la fin des temps) et hiérarchique (=marquée par la chaîne de l’être), avec une conception pyramidale du monde héritée notamment de Platon, avec un «en haut» céleste et spirituel et un «en bas» terrestre et matériel. Il résulte une hiérarchie de création avec un ordre inférieur et supérieur et où après le règne végétal et les animaux, vient l’homme supérieur.
Dans le cas du Dieu transcendant, la vie spirituelle consiste en un mouvement ascendant de l’être humain, de l’âme qui doit quitter la matière et s’élever au-dessus de la nature en se libérant des contraintes et du poids du corps. À l’extrême cela conduit à des formes de dualismes métaphysiques comme le spiritualisme qui est une spiritualité cherchant le salut hors du monde et se vit comme un éloignement de la matière.
Dans le cas du Dieu immanent, Dieu descend dans la création. C’est l’incarnation du verbe dans la chair du monde, le rayonnement de l’Un (spirituel) dans le multiple (matériel). Côté humain, c’est le regard d’amour et de gratitude de la personne qui, s’étant à la fois incarnée et élevée spirituellement, contemple la beauté et la diversité du cosmos comme des signes de la présence de Dieu, des manifestations de la générosité divine qui se répand en abondance, une invitation à s’enraciner davantage dans la terre et à en être solidaire.
La tradition chrétienne est traversée par une tension entre ces deux mouvements. À partir de cette matrice de pensée, il y a quatre approches de la nature : dévalorisation, instrumentalisation, célébration et vision de la nature comme un salut.
Dévalorisation de la nature
Dans la lignée de Platon, avec certains penseurs comme Saint-Augustin, la nature n’a aucune valeur intrinsèque. Tout comme le corps qui n’est en rien le temple de l’Esprit Saint mais un tombeau dont l’âme doit se libérer car l’être ressuscité n’a plus de corps, il est pur éther.
Instrumentalisation
Sans être forcément mauvaise ou aliénante, la nature n’a ici aucune dignité propre appelant le respect ou l’émerveillement. Dieu dans sa transcendance est séparé de la nature. Il n’est pas présent ou actif en elle. Et si la nature est un don de Dieu, elle est aussi hostile et menaçante. Elle n’a pas de valeur en soi, mais un rôle utilitaire. D’où une relation avec la nature axée sur la maîtrise et la domination.
Célébration
Caractéristique de la pensée médiévale occidentale à travers des auteurs comme Hildegarde de Bingen, Thomas d’Aquin au XIIIe siècle, c’est une approche à la fois hiérarchique, anthropocentrique et spatiale de la nature. Pour Thomas d’Aquin, si toutes les créatures participent à la bonté divine, c’est chacun dans son degré selon la place dans l’échelle de l’être. Les créatures non pourvues de cerveau (animaux, plantes) sont subordonnés aux êtres rationnels. Les plantes, les minéraux et aussi les animaux n’auraient qu’une âme végétative et charnelle soit un esprit qui meurt avec la chair.
Salut dans la nature
La nature n’est pas déchue, elle est au contraire pleine de la présence divine.

Les potentialités écologiques du christianisme
Apports de l’orient chrétien
L’orthodoxie à une contribution spéciale à apporter. En occident le christianisme n’a pas assez aimé la terre. L’orthodoxie, elle, sait que la terre est sacrée. Trop longtemps, une histoire hostile l’empêchait de préciser cette intuition et de lui donner toute sa force dans la culture de l’actualité. Aujourd’hui elle peut le faire à partir de trois de ses caractéristiques : une théologie mystique, une mentalité qualifiée de pré-moderne, une théologie de la sacralité du monde.
La théologie mystique liturgique et ascétique et restée fidèle aux pères de l’église. C’est un patrimoine immense, commun à toutes les églises qui recèlent des intuitions belles et profondes sur la création.
Une mentalité qualifiée de pré-moderne : pour différentes raisons liées à son histoire, l’orient chrétien n’a pas connu l’avènement de la modernité à la fin du Moyen Age ni la révolution des Lumières. L’empreinte du rationalisme est moins forte.
Une théologie de la sacralité du monde, soit une expérience du cosmos comme lieu de la présence divine et une expérience de la matière comme vecteur des énergies incréées.
Modifier son regard
L’une des voies pour un développement écospirituel est le dialogue avec les autres traditions religieuses et avec la science contemporaine. Les signes du temps invitent à passer du plan religieux séparateur à celui de la spiritualité unificateur mais sans uniformité.
Les cinq grandes religions : hindouisme, bouddhisme, judaïsme, christianisme et l’islam, sont les cinq doigts d’une main divino-humaine. Extérieurement les doigts sont différents et séparés, mais si à partir de leur extrémité on redescend vers le centre et le milieu de la paume, toutes les lignes convergent dans le cœur de la spiritualité et de l’expérience. C’est dans ce degré de profondeur que les religions peuvent se rencontrer sans perdre leur identité spécifique et travailler à l’unité humaine, à la paix, à l’émergence d’un nouvel imaginaire écologique et social. Une telle approche dans un esprit de confluence est d’autant plus importante qu’il existe des correspondances étonnantes.

LA CRÉATION, MYSTÈRE DE LA PRÉSENCE DIVINE

Le premier pas vers une écospiritualité et de refonder notre représentation du cosmos en lui restituant sa dimension de mystère et de considérer la création du monde comme non achevée et se poursuivant à chaque instant avec la part de conscience, de liberté et d’inventivité propre à chaque espèce. La création est en devenir dans une dynamique ouverte, tissée d’équilibres et de déséquilibres, d’ordre et de chaos, de vie et de mort.

L’unité du cosmique, de l’humain et du divin
S’ouvrir à toutes les dimensions du réel
Que voyons-nous dans une fleur, un arbre, une montagne, un animal? Comment appréhendons-nous la nature? Avec les yeux (dualistes) de notre sens ou de notre raison? Ou avec les yeux (spirituels) du cœur-esprit?
Voir autrement, c’est faire l’expérience d’un mode de connaissance symbolique qui mobilise les quatre intelligences : corporelle, affective, rationnelle et contemplative. Le symbole ne signifie pas abstraction mais signe, réalité sensible. Il rend présent l’invisible dans le visible, l’intangible dans le tangible, l’éternel dans le temps, l’infini dans le fini, la lumière dans l’obscurité. La connaissance symbolique nous fait passer de l’enchaînement horizontal des causes et des effets à la révélation verticale de l’essence spirituelle des créatures. En profondeur, tout est relié, tout s’interpénètre. Alors tout devient sacré.
L’occident a pour une bonne part perdu le sens de ce mystère faute d’avoir cultivé la raison et le mental, il n’a plus accès à ce mode de connaissance intérieure. C’est l’une des raisons des impasses économiques, écologiques et psychologiques dans lesquelles il s’est enfermé. Si nous entendons répondre en profondeur à la crise écologique au sentiment de non-sens qui gangrène la société, il nous faut recouvrer cette vision du monde et ce mode de connaissance.
Sortir du dualisme
La conception de la nature a toujours oscillé entre le panthéisme (qui identifie la nature à Dieu) et le matérialisme (qui objective la nature en lui déniant toute réaliste spirituelle au risque d’en faire un objet exploitable et manipulable).
La tradition mystique ouvre au panenthéisme. Dieu est dans toute chose mais ne se confond pas avec elle.
Accueillir le mystère de la création
Le « réel voilé » des scientifiques : il est intéressant de noter que sur le plan de la physique quantique, la science parle de « niveaux de réalité multiples », « d’espaces-temps à dix dimensions », « d’arrière-mondes invisibles » dans lesquels baigne le monde visible, la matière visible ne représentant que cinq pour mille de la substance de l’univers invisible.
Les expériences d’Heisenberg en montrant comment une onde prend la forme d’une particule dès qu’elle est soumise à l’observation humaine, ont anéanti la prétention à connaître la réalité en soi, indépendamment de l’acte de perception qui la modifie.
En développant d’autres champs de conscience, l’esprit humain peut appréhender autrement le réel et découvrir sa richesse.

La création en Dieu
Les mystiques des trois grands monothéismes voient le cosmos créé non seulement par Dieu, mais en Dieu. Deux notions sont importantes pour bien comprendre en Dieu : la création à partir de rien (ex nihilo), et les archétypes (logoi) contenus dans la Sagesse.
La création à partir de rien
– Le rien est un concept de limite qui désigne ce qui n’est pas et n’a aucune propriété physique.
– C’est à partir d’un verset de la Bible que la tradition chrétienne à développé la notion de création ex nihilo. Elle l’a fait en premier lieu pour souligner la transcendance, la toute-puissance et la préexistence absolue de Dieu par rapport à tout autre chose. Compris uniquement de cette manière, Dieu est extérieur à ce qu’il a créé. Il convient de s’ouvrir à une autre interprétation plus profonde et mystique, notamment développée par la kabbale juive où le rien est une forme d’espace primordial qui contient tout en puissance. Un réservoir infini d’énergie et de potentialités, où le cosmos (réalité autre) va pouvoir advenir à l’existence.
Archétypes de la Sagesse
Il existe des correspondances troublantes entre la théologie du rien divin issue de la Bible et les découvertes de la physique quantique. Selon Michel Cassé, la matière (née de la lumière) aurait été précédée d’un «vide» (encore existant), paradoxal, actif, matriciel et relationnel :
Paradoxal car peuplé d’une infinité d’entités invisibles et fugaces, riche d’une énergie inépuisable.
Actif car foisonnant de particules virtuelles de matières et d’antimatière poussant à l’écartement et à la dispersion de l’univers.
Matriciel car origine de tous les phénomènes physiques existants et porteurs de toutes les émergences possibles.
Relationnel car à la source des interactions dans le monde.
Troublante analogie avec le Tao : «Sans nom, il représente l’origine de l’univers. Avec un nom, il se constitue la Mère de tous les êtres. (…) Il y a quelque chose d’indéterminé avant la naissance de l’univers. Ce quelque chose est muet et vide. Il est indépendant et inaltérable. Il circule partout sans se lasser jamais. Il doit être la Mère de l’univers. »

Dieu dans la création
Présence du féminin
Les philosophes russes ont vu dans la Sagesse l’expression de la féminité de Dieu et du cosmos. Elle serait la face maternelle de Dieu qui engendre, est compatissent et prend soin. Parce qu’elle en est la «Mère», la Sagesse connaît la structure du monde et l’activité des éléments, les cycles, les positions des astres, la nature des animaux, les variétés de plantes et les vertus des racines.
Présence des énergies incréées
L’Univers peut être vu comme une vaste toile tissée d’énergie, de vibrations et de souffles divins qui le parcourent en tous sens, s’entrelacent, s’interpénètrent comme autant de fils de vie qui relient les créatures les unes aux autres, rendant tout interdépendant.
Le qi taoïste, la shakti hindoue, le souffle compatissant de l’islam, la théologie orthodoxe des énergies incréés, etc. chaque tradition spirituelle évoque une puissance active de nature divine ou non, une force vitale universelle, une âme du monde qui habite, traverse et anime la nature. Il existe chez chacune d’elle une énergie créatrice, voire une forme de conscience, qui innerve la grande chaîne de l’être entre les humains et les composantes du monde naturel.
Dans plusieurs traditions, notamment chamanique, sont personnifiés ces forces vitales et ces principes d’ordre dans des puissances spirituelles qui peuplent et gouvernent la nature.

La création, révélation de Dieu
• « Bonne et belle »
La création est don gratuit de Dieu. Le don, par essence, re-lie. Elle est également diversité. Loin d’être un obstacle à l’unité, la diversité appelle une dynamique relationnelle.
Manifestation de Dieu
Reflet visible de l’invisible, expression symbolique du Logos.
Douée d’autonomie relative
Rien n’est joué d’avance dans le sens du destin des Anciens et du déterminisme de Newton. L’avenir est ouvert et l’indéterminé peut se produire. L’être humain a un choix parmi des possibles en interagissant avec le milieu (environnement).
• En devenir
Elle est non achevée, en devenir et appelée à se transformer, en changement permanent.

L’ÊTRE HUMAIN ENTRE TERRE ET CIEL

« Nous sommes terrestres et pourtant célestes, entre majesté et humilité, esprit et chair à la fois. » Grégoire de Naziance

L’écospiritualité invite à repenser la place de l’être humain dans la création. Il s’agit de sortir des travers de la supériorité anthropocentrique, sans tomber dans le cosmocentrique.
Enfant de la terre et des étoiles, l’être humain porte en lui tous les règnes de l’univers autant qu’il en fait partie. Tout ce que nous faisons à la nature, nous le faisons à nous-mêmes et inversement. Nous n’avons pas un droit à dominer la nature, mais une responsabilité particulière que nous devons assumer.  Un rôle à vivre selon un mode d’être qui consiste à remercier, donner du sens, partager et transformer créativement.
L’écologie ne consiste pas seulement à conserver la nature comme un patrimoine à transmettre, mais à la mettre en valeur et participer à sa transfiguration à travers notre propre transfiguration.

L’être humain comme microcosme
Trois modèles
L’anthropocentrisme : l’être humain est séparé ou en opposition à la nature.
Le cosmocentrisme : l’être humain est considéré comme un animal ou une plante.
Le cosmo-théandrisme (=concept emprunté au théologien Raimun Panikkar, qui exprime l’unité indivisible, soit une union sans confusion entre le cosmos, le divin et lhumain) : la nature n’est plus un objet et retrouve sa place de sujet dans une relation dynamique et équilibrée avec l’humain et le divin, celui-ci étant le centre caché de toute chose.
Enfants de la terre et des étoiles
La terre : dans humain, il y a humus, la terre. La même racine se retrouve dans l’humilité. La terre n’est pas seulement notre environnement ou notre contexte, mais notre origine et notre destin. Nous appartenons à la terre et nous sommes le résultat d’une longue évolution des espèces. Nous portons en nous tous les degrés d’existence qui nous ont précédé et les trois règnes : minéral, végétal, animal. La nature avec sa vie et son organisation, ses structures bio-physico-chimiques, ses saison etc. est inscrite dans notre corps et notre âme.
Les étoiles : nous avons aussi nos racines dans les cieux et nous sommes appelés pour accomplir en plénitude notre humanité à transcender l’ordre cosmique et à transfigurer la matière. Mais cela n’est possible qu’en nous incarnant pleinement. La spiritualité n’est pas désincarnée. Nous ne sommes pas seulement dans une famille donnée, nous appartenons au même corps cosmique, à la même communauté de créatures, nous sommes tous solidaires.
Il y a une forte continuité entre l’être humain et le monde naturel, entre notre développement et l’évolution de la terre. Nous sommes une synthèse de la création tout entière. En nous, à une autre échelle il y a un monde en petit, un soleil, une lune, des étoiles. Nous portons en nous tous les degrés d’existences qui nous ont précédés ainsi que les trois règnes du monde naturel. La nature, avec sa vie et son organisation, ses structures ses saisons, ses alternances entre le jour et la nuit, est inscrite dans notre corps et notre âme.
Interdépendance avec la nature
Nous devrions traiter notre environnement social et cosmique comme un être vivant réel avec lequel nous sommes dans une interaction étroite, sans être confondu avec lui. Comme un lien ombilical.
L’une des grandes découvertes récentes des sciences de la vie nous apprend que plus un système est évolué, complexe et riche, plus il est ouvert et plus il a besoin pour vivre et se développer d’échanger avec l’extérieur.
Notre dépendance envers la nature et plurielle : physique, énergétique, psychologique et spirituelle.
Le corps, interface avec le cosmos
Par les sens et la peau, notre corps fait l’expérience palpable et immédiate de la nature. L’énergie cosmique ne cesse de traverser le corps, de renouveler sa matière. Le corps est à la fois le contenu et le contenant du corps du cosmos.
Du moi individuel au soi cosmique
L’approche écospirituelle de l’homme comme microcosme rejoint l’appel de l’écologie profonde et de certains écopsychologues à passer de l’ego individuel et social au soi écologique. Cette transformation exige de prendre conscience non seulement de notre inconscient personnel et collectif mais aussi de notre inconscient cosmique.
L’inconscient cosmique constitue après l’inconscient divin, le plan le plus large et le plus profond de notre âme qui nous relie directement à l’essence spirituelle des créatures. Les diverses institutions éducatives dans leur projet de doter l’individu d’un soi utile et fonctionnel pour la société, n’ont de cesse de couper le cordon avec la mère, mais aussi avec la nature. Si la séparation avec la mère est une nécessité dans le processus d’individuation, celle avec la nature est néfaste pour le développement de la personne et néfaste écologiquement. Elle participe du dualisme et des séparations.
La découverte de son être profond n’implique pas seulement une descente en soi-même, mais aussi un voyage à l’intérieur de la création en harmonie avec les autres et la nature.

L’être humain comme médiateur
Devenir un pont entre la terre et les cieux
Unifier les grandes dualités : le créé et l’incréé, l’inintelligible et le sensible, le ciel et la terre, le paradis et le cosmos, le masculin et féminin.
Actions essentielles pour grandir en humanité dans une perspective écospirituelle non religieuse : remercier, louer, donner du sens, transformer créativement, offrir, partager

CHEMINS DE LA TRANSFORMATION ÉCOSPIRITUELLE

Comment vivre intérieurement et incarner dans toutes les dimensions de notre existence l’écospiritualité ? Quelle éthique et quels écogestes quotidiens pour une métamorphose spirituelle? Comment travailler notre cosmos intérieur, réorienter nos désirs, vaincre nos peurs et guérir les blessures de l’âme? Comment retrouver le féminin de l’être : le respect, la douceur, l’humilité, la justice, l’amour, la paix ou encore la fraternité?
Faire un bon usage de nos facultés
Le mouvement intérieur
Les écogestes au quotidien, les règles de comportement pour sauver la planète, l’éthique au sens de « comment agir pour bien faire », sont importants mais il faut également se situer plus en amont, dans les fondements ancrés profondément dans l’être. Il s’agit de développer en nous la capacité de percevoir, sentir et vivre cette présence multiforme du divin dans notre être est dans la création. Il s’agit d’acquérir une conscience toujours plus subtile de notre unité en interdépendance avec le cosmos.
L’enjeu n’est pas seulement ce que nous faisons, mais ce que nous sommes et comment nous le vivons. L’enjeu est spirituel avant d’être éthique politique. Pour être féconde, toute action doit partir du cœur profond, devenir une nécessité vitale. Le mouvement va de l’intérieur vers l’extérieur, de l’être vers le faire. Comme l’enseignent les maîtres archers zen, il faut tirer d’abord la flèche en direction de soi.
Liberté et responsabilité
Choisir de suivre les idées-volontés divines qui définissent l’ordre caché ou suivre nos désirs captifs du marché et de la publicité, est notre responsabilité. Le matérialisme économique qui réduit toute réalité à sa valeur utilitaire et marchande n’est pas une fatalité.
Éveil et unification de l’être
Revenir au centre, ouvrir notre cœur est un travail de purification. Se libérer de tout ce qui peut y avoir de mécanique et inconscient, répétitif et paresseux, permet de développer un processus de réunification intérieure et d’harmonisation de toutes nos facultés vers une unité, une intégrité au-delà des dualismes. C’est parce que nous sommes divisés intérieurement que nous sommes si souvent incohérents, engoncés dans une contradiction entre notre niveau d’information sur les problèmes écologiques et nos attitudes et comportements concrets.
L’unification de notre être doit se produire entre les parties de notre corps, âme et intellect spirituel souvent déconnectées, entre les divers modes de notre relation au monde (être, vivre, sentir et comprendre) et aussi entre les différents niveaux de réel. Plus l’homme s’unifie intérieurement, plus il est capable de communier avec la nature, les autres et Dieu.
Cette dynamique d’éveil et d’unification est indissociable d’un autre mode de connaissance. C’est là une des clés de la mutation intérieure à opérer.

Acquérir un autre mode de connaissance
« Yahvé Dieu fit pousser du sol l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre, de la connaissance du bien et du mal » (Gn 2,9). Les catégories morales de bien et de mal peuvent être comprises comme l’accompli et le non encore accompli de l’être. Le jardin d’Éden est l’espace intérieur de l’être humain au cœur duquel sont dressés l’arbre de la connaissance (symbole du désir de Dieu pour l’être humain ou la sève descend de Dieu vers l’être humain) et l’arbre de vie (symbole du désir de l’être humain pour Dieu ou la sève monte de l’être humain vers Dieu). Deux arbres distincts mais non séparés. Si l’accomplissement de l’être humain est le fruit de la rencontre de ces deux désirs, de la fécondation mutuelle de vie et de la connaissance.
Être émerveillé, c’est voir le monde comme au premier jour, dans sa beauté au-delà des apparences, dans sa naissance continuelle, dans sa dimension transcendante. C’est accueillir ce qui s’offre à nous de manière inconditionnelle, sans jugement ni retour sur soi.
Corps en conscience
Nos sens sont le premier moyen d’accès au réel et à la nature. Ils sont souvent peu ou mal formés et il convient d’accroître la conscience de soi de se reconnecter avec « le sauvage » en nous et d’habiter notre corps en relation avec le cosmos (sensible) et le divin (suprasensible) qui l’habite et dont il fait partie.
De corporels, nos sens doivent devenir spirituels et être orientés non seulement vers l’extérieur mais aussi l’intérieur des choses afin d’en saisir la consistance matérielle propre et l’essence spirituelle.
Dans la nature, nous avons à ré-ouvrir nos yeux, « nettoyer les portes de notre perception » (William Blake), purifier nos sens. Il nous faut apprendre à regarder, écouter, toucher, goûter, respirer, mais aussi à nous émerveiller, admirer, contempler, vivre poétiquement l’air, l’eau, le feu, la terre, les arbres, les montagnes, les oiseaux…
Cela suppose de savoir s’arrêter, faire silence, reprendre souffle, cesser de courir après le temps. Apprendre à être là dans la profondeur insondable de l’ici et maintenant, présent à la sacralité de l’instant pour sentir le divin et ses énergies au cœur de toute chose.
Âme entre raison et imagination
La raison fait partie de l’image divine en l’homme. Elle n’est pas à dénigrer mais à cultiver, affiner et transformer en l’ouvrant à ce qui la transcende.
Nous sommes rationnels et capables de comprendre les structures, les fonctionnements mais aussi de saisir ce qui nous relie au divin et d’accéder à la profondeur subtile des êtres et des choses dans une dynamique de « reliance » (Edgard Morin) ou l’intelligence rationnelle se re-lie au sens et au cœur profond et à ce qui la dépasse. Parce qu’il est mystère, le réel échappe à la raison résonnante et à la logique dualiste du mental. Il ne peut être saisi dans sa complexité que par le paradoxe ou l’antinomie.
Contemplation intérieure
La connaissance devient une expérience plus qu’un exercice intellectuel, pour passer d’une intelligence rationnelle (horizontale) à une intelligence symbolique et mystique (verticales).
Trois éléments caractérisent ce mode de connaissance.
Considérer la réalité comme une totalité dont nous faisons parti et qui fait parti de nous.
La réalité est multidimensionnelle avec un ensemble de champs disciplinaires, mais elle est aussi une (unité), avec une pensée transdisciplinaire, qui prend en compte le tout, et créer des ponts entre les champs du savoir pour saisir l’interdépendance et la complexité des enjeux écologiques.
Appréhender la nature de l’intérieur en étant relié au cœur et au corps et non plus de l’extérieur. Les choses visibles sont approfondies à travers les invisibles par ce qui contemple.

Opérer une transformation intérieure
Changer le mode de connaissance et une première étape qui ne suffit pas. Il faut aussi travailler notre terre intérieure. Les mots qui affectent la planète sont pour une part la manifestation des désordres de l’humanité. Dans trois champs en particulier se joue notre complicité avec le système économique qui détruit la planète (nos désirs, nos peurs et nos blessures intérieures) et sont à transformer.
Réorienter nos désirs
L’être humain est fondamentalement un être de désir. Par nature, les désirs sont infinis et insatiables. Vouloir les satisfaire par des biens matériels est une illusion. Que devient notre puissance désirante dans notre société d’hyperconsommation ? La confusion entre besoins relatifs et besoins absolus n’est pas une fatalité. La confusion entre désirs et envies non plus. Il s’agit d’éclairer les ressorts intimes et souvent inconscients de nos envies et de nos conditionnements. Il ne s’agit pas de refouler, réprimer ou éteindre nos désirs, mais de retourner à la source de nos désirs. De désirer mieux et non pas de désirer moins. Cette réorientation passe par une descente dans les profondeurs de notre terre intérieure.
Vaincre nos peurs
La peur, l’un des ressorts fondamentaux de l’être humain : derrière toute peur se dissimule l’angoisse de la mort, qui s’exprime par la peur de manquer. Ces angoisses sont d’autant plus fortes et insidieuses qu’elles sont liées, cachées, refoulées et entretenues par les systèmes socio-économiques, techniques et mentaux de nos sociétés qui fabriquent des sécurités illusoires, individuelles et collectives. La peur et les envies augmentent quand l’homme est coupé de lui-même et de sa source divine. Cela le conduit à la compétition et au mimétisme, moteurs du capitalisme si ravageur pour la nature.
De la conscience de pénurie à une conscience d’abondance : abondance non pas de l’avoir mais de l’être. Celle-ci n’est pas à acquérir ou à conquérir mais à découvrir en nous-mêmes. Elle est déjà là.
Faire confiance à la vie : incarner la vie implique de partager équitablement les ressources et de coopérer avec les autres pour le bien commun. La réponse à la peur est la confiance. L’éternité, contrairement à ce que l’on croit souvent, n’est pas le temps qui ne cesse jamais mais une modalité de l’être qui s’exprime dans l’ici et le maintenant. C’est le contraire du « tout, tout de suite » propre au marché. Y goûter offre une plénitude et une paix qui engloutit la peur de manquer et de mourir. On ne vaincra pas nos peurs de la mort et du manque sans habiter le temps autrement.
Guérir nos blessures
Il y a des liens profonds entre les maladies de la terre et celle de l’âme. Les blessures que nous infligeons à la terre sont l’expression de nos blessures intérieures, souvent inconscientes et refoulées. Il est important d’apprendre à exprimer nos émotions face à l’état de la planète sans s’identifier au corps de souffrance. Nous pouvons reconnaître notre douleur et assumer notre éventuel sentiment d’impuissance.
La nature dégradée affecte notre âme, mais le refoulement de nos émotions face aux plaies béantes et au cri de douleur de la planète explique pour une part, notre inertie et notre manque d’engagement.
Guérir nos blessures intérieures suppose de reconnaître dans l’humilité et le non jugement ce que nous sommes, avec nos fragilités, nos faiblesses, nos angoisses et nos pulsions les moins reluisants. Je ne peux pas être en paix et en harmonie avec les autres si je ne suis pas en paix et en harmonie avec moi-même. C’est en me recentrant et en me reconnectant à la source profonde de mon être, à la partie la plus intime de moi-même, que je peux trouver cette paix et cette harmonie.

Retrouver les qualités du féminin de l’être
Respect et douceur
Nous sommes des hôtes sur la planète et il s’agit d’abord de respecter le lieu qui nous reçoit, la diversité des espèces et la place qui leur a été assignée.
Humilité et gratitude
Accueillir le monde comme un cadeau et se réjouir de ces temps, dire merci. Prendre conscience de notre finitude et accepter ses limites. Refuser la prétention à savoir, à dominer, à imposer sa volonté aux autres et à la création.
Pardon et repentir
Tirer les leçons et reconnaître ses fautes et responsabilités dans la crise écologique, demander pardon à la nature et changer son mode de vie en conséquence.
Sobriété et justice
La sobriété n’a rien à voir avec l’abstinence qui revient à nier la bonté des choses créées. Redécouvrir la simplicité, une certaine frugalité et modération. Reconnaître la nature réelle de nos besoins et distinguer les besoins relatifs et les besoins absolus.
Développer une relation de non d’appropriation aux choses et à la nature.
Amour et compassion
Aimer l’autre comme soi-même c’est considérer que l’autre fait parti de notre être et de notre vie. Le vrai amour suppose la liberté.
Compatir c’est être capable d’entendre les gémissements de la terre et d’en être touché jusqu’au plus profond de notre être comme s’ils étaient les nôtres parce que la nature est en nous.
Ces attitudes intérieures correspondent à des qualités essentielles relevant du féminin de l’être. Elles supposent pour s’accomplir l’accueil, l’intuition, la coopération, l’écoute, le dialogue, le sens du concret, l’esprit de synthèse. Antidote aux valeurs masculines de compétition, intelligence analytique, rationalité abstraite, domination, esprit de conquête promue par la modernité occidentale.
Il faut du courage pour incarner ces valeurs et les mettre en œuvre afin de retrouver un équilibre entre le masculin et féminin.

Cheminer
Le passage à un autre mode d’être et de vie ne peut s’accomplir automatiquement, par magie. Il faut du temps, une aspiration profonde, un effort de longue haleine. Une transformation. Pour opérer ce passage, un travail sur soi est incontournable. Les outils sont nombreux : le jeûne, la prière, reprendre souffle… Notre rapport au temps constitue une dimension essentielle de transformation pour une écospiritualité. Nos sociétés sont malades du temps, de son accélération, de sa rentabilisation, de sa compression sous le règne de l’urgence imposée par le marché et l’obsession de la performance. Soumis à des cadences infernales qui dénaturent les biorythmes d’actions et de repos, l’homme et la nature souffrent. Il ne chante plus, ne respire plus mais se consume, « burn-out ».
Comment se reposer, et reprendre souffle? Comment marquer un temps d’arrêt dans la fuite en avant vers le toujours plus et toujours plus vite? Comment se relier en profondeur à ce qui nous dépasse, à nous-mêmes, aux autres, à la nature et au rythme de la vie?

VERS UNE SAGESSE PRATIQUE

S’engager concrètement
L’écospiritualité ne trouve sa plénitude de sens que si notre transformation intérieure s’ancre dans des engagements concrets, quotidiens et politiques. Si l’écologie extérieure n’est pas accompagnée d’un travail sur soi elle s’épuise dans un activisme. Si l’écologie intérieure ne prend pas corps dans des pratiques solidaires et citoyennes, elle s’étiole. À quoi sert-il de manger bio et de recycler ces déchets si l’on continue de maltraiter autrui ? L’écologie n’est pas un idéal moral extérieur, mais une nécessité intérieure.

Les conséquences de cette mutation sont considérables et concernent toutes les dimensions de notre existence et tous les aspects de notre mode de vie. Elle touche à la manière dont nous respirons, nous alimentons, nous soignons et nous déplaçons. À la façon dont nous habitons, travaillons, consommons, gérons notre épargne, vivons le temps, nous engageons au plan relationnel associatif et politique.
Ce que nous ingérons (l’air, l’eau, l’énergie) ce que nous voyons, ce que nous lisons, etc. ont des incidences directes sur notre corps, notre santé, notre mode d’être. Le défi est immense mais chacun à son niveau peut déjà quelque chose et beaucoup plus que nous le croyons souvent. Tout éveil de la conscience, tout petit pas vers une transformation intérieure, tout geste, toute action, toute initiative, contribue à la refondation et au réenchantement du monde. Leur impact est démultiplié lorsqu’il se produit en synergie, en communion et en coopération avec d’autres.
Quelques axes
– La quête d’un nouveau mode de vie fondé sur la simplicité volontaire,
– Le déploiement d’écogestes quotidiens,
– L’ouverture à des pratiques alternatives comme les écomédecine et l’approche holistiques intégrant la personne et le cosmos,
– Le soutien citoyen à une économie durable et solidaire,
– La participation à des initiatives écospirituelles nouvelles. Par exemple les écosites sacrés comme lieu d’apprentissage d’une écologie intérieure et extérieure combinant agroécologie, énergie renouvelable, alimentation biologique, intelligence visionnaire et action non-violente.
– Être méditant, militant.

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