Le défi positif, Thierry Janssen

Le défi positif, Thierry JanssenEn bref :
Après nous avoir invités à élargir notre conception de la médecine et de la maladie, Thierry Janssen poursuit sa réflexion au sujet du bonheur et de la bonne santé. Soucieux, comme toujours, de l’inscrire dans un contexte scientifique, il s’appuie sur les récents travaux de la biologie, des neurosciences et de la psychologie.
Nous découvrons alors que la véritable félicité dépend de notre capacité non seulement à éprouver du plaisir, mais aussi à nous engager dans des expériences enrichissantes et à donner un sens à notre existence.

La psychologie positive

La science de la psychologie
La psychologie a été couronnée de bien plus de succès sur l’aspect négatif que sur l’aspect positif. Elle nous a révélé à propos des imperfections de l’homme, de ses maladies, de ses péchés, beaucoup de choses. Très peu en revanche à propos de ses potentialités, de ses vertus, de ses aspirations réalisables.
Le négatif est plus fort que le positif. Une façon de penser très répandue dans nos sociétés nous invite à focaliser notre attention sur ce qui ne va pas au lieu de nous intéresser à ce qui va bien. Nous sommes plus attentifs aux informations négatives qu’aux positives par ce que, en termes de survie, il est plus important d’identifier une menace éventuelle qu’un bénéfice potentiel.
Face à la difficulté, nous avons tendance à détecter et à corriger ce qui la provoque au lieu d’essayer de renforcer ce qui pourrait permettre de l’éviter. En médecine, cela se traduit par une volonté de soigner les maladies avant de promouvoir la bonne santé.

➢ L’étude scientifique du meilleur de nous-mêmes
Les travaux de Martin Seligman montrèrent qu’un mode d’explication optimiste des événements conditionne la réussite des individus dans tous les domaines de l’existence. Cela favorise le maintien d’une bonne santé, accroît la persévérance et empêche de sombrer dans la dépression.
L’optimisme peut s’apprendre et se cultiver tout au long de l’existence. Seligman a déclaré que la psychologie du XXe siècle n’avait pas joué un rôle suffisant dans l’amélioration de la vie des gens, car elle avait négligé le développement des ressources positives des personnes. Il proposa d’encourager la recherche scientifique à s’intéresser davantage aux aspects agréables et constructifs de l’expérience humaine à fin d’enrichir les connaissances d’une nouvelle discipline qu’il baptisa psychologie positive.

Définition de la psychologie positive
La psychologie positive est l’étude scientifique des conditions et des processus qui contribuent au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. Son ambition est d’identifier les facteurs qui permettent aux personnes et aux communautés de s’épanouir, de prospérer, et de rester en bonne santé.

➢ La psychologie humaniste
La psychologie humaniste s’est positionnée en s’opposant à la fois à la psychanalyse et à l’approche comportementaliste. La première jugée trop focalisée sur les côtés sombres de l’âme et la seconde trop influencée par les résultats des recherches menées sur des animaux et pas assez intéressé à certaines dispositions spécifiquement humaines comme le fait d’avoir des idéaux, de croire en des valeurs, ou de manifester de l’humour.
Pour Abraham Maslow et Carl Rogers l’être humain a en lui les ressources nécessaires pour actualiser son potentiel et il y a la possibilité innée de connaître ses capacités, ses priorités et les conditions qui lui permettent de vivre une vie épanouie.

Le bonheur et la bonne santé

➢ Hédonisme et eudémonisme
• Très tôt dans la tradition occidentale, deux idées de la félicitée se sont opposées : les hédonistes et les eudémonistes. Les premiers assimilent le bonheur au bien-être et au plaisir. Cette conception influença profondément la pensée moderne et justifia le développement de la société de loisirs et de consommation au XXe siècle.
• Pour les eudémonistes, conception du bonheur né dans la Grèce antique, le bonheur est le but et la finalité suprême de l’existence humaine. Eu signifie bon en grec et daimon est le génie personnel intérieur. Les eudémonistes enseignent comment laisser notre bon génie inspirait notre vie.
• Le bonheur n’est pas réduit au plaisir. Il faut apprendre à choisir les désirs que l’on veut combler et une vie heureuse n’est possible que si l’on développe des qualités comme la modération, la modestie, la gentillesse, le courage et la sagesse. Pour Aristote, le plaisir n’est qu’une conséquence du bonheur.

➢ Le bonheur authentique
Le bonheur subjectif est un sentiment fondé sur des critères très personnels définis par la culture et l’histoire de chacun.
•  Le bonheur authentique provoque l’expérience optimale décrite par Mihaly Csikszentmihalyi. Il s’agit d’un état de bien-être subjectif associé à une absence d’émotions conflictuelles telles que la peur de la tristesse ou la colère et accompagné du sentiment de vivre une vie qui vaut la peine d’être vécue. Le bonheur est un processus à travers lequel nous développons notre potentiel personnel, un chemin qui nous permet de révéler la meilleure part de nous-mêmes. Ses trois composantes sont le plaisir, l’engagement et le sens.
• Le sens que nous attribuerons à notre réalité facilite le choix d’une direction pour orienter nos actions. Il peut nous aider à supporter les frustrations que nous vivons.

Les émotions agréables

Promotrices de bonheur et de bonne santé
Les émotions sont des phénomènes complexes qui colorent notre existence en donnant une valeur à nos expériences. Leur apparition est automatique et leur durée et brève. Elles sont accompagnées de manifestations physiques et induisent des changements de comportements qui nous permettent de nous adapter aux événements survenant autour et à l’intérieur de nous. Elles sont impliquées dans la perception que nous avons de la réalité la constitution de notre mémoire et l’élaboration de nos jugements. Elles influencent de décision, motivent nos actions et constitue un formidable moyen de communication.
• Les émotions agréables ont autant d’effets que les émotions désagréables. Elles conduisent simplement à des réactions plus vastes et plus flexible. Elles élargissent le répertoire de penser et d’action de l’individu afin de lui permettre de construire des ressources pour sa survie à long terme. Nous en avons tous fait l’expérience : lorsque nous sommes contents, nous sommes plus ouverts, plus sympathique, plus souriant et cela favorise la création de relations amicales et de liens. Les émotions positives aident à traverser l’épreuve de la maladie plus sereinement. Tout simplement parce que les malades perçoivent leur symptôme autrement. Cultiver des émotions agréables lorsqu’on est malade ne supprime pas la douleur, mais atténue la souffrance.

➢ Le positif, c’est plus que l’absence du négatif
Il existe un effet physiologique des émotions positives capables de contrer l’influence du stress sur la santé. Elle corrige la réactivité cardio-vasculaire du stress, une réactivité sur le long terme potentiellement dangereuse pour la santé. Les états émotionnels positifs sont liés à une activation préférentielle du cortex préfrontal gauche du cerveau, ils diminuent les taux sanguins de l’adrénaline et du cortisol, deux hormones de stress potentiellement pathogènes, ils réduisent la réponse inflammatoire liée au stress, stimulent les défenses immunitaires et augmentent la production d’hormones de croissance et d’endorphine, des molécules indispensables au maintien d’une bonne santé.

S’accorder sur les mots positif / négatif
• Ces mots ont une connotation subjective qui n’est pas tout à fait appropriée pour décrire les phénomènes émotionnels d’un point de vue objectif et scientifique. Les émotions positives n’ont pas toujours des effets positifs. Des personnes trop enthousiastes peuvent se le ré et prendre des risques inconsidérés. La peur peut permettre d’éviter le danger, la colère exprimée de façon d’en agressive peut se révéler une formidable force de vie. Certaines des émotions dites destructrices, se révèlent au contraire très constructrices. Afin d’éviter le jugement moral véhiculé par les adjectifs positifs et négatifs, il paraît plus juste de recourir aux adjectifs agréables désagréables qui précisent la nature des sensations et des sentiments qui accompagnent les différentes émotions. La fonction des émotions désagréables et de nous alerter. La fonction des émotions agréables est de nous permettre de développer des qualités et ressources nécessaires pour assurer notre survie à long terme.
Le négatif comporte des potentialités positives et le positif peut se révéler négatif, tout est une question de dosage et d’équilibre. Nous avons besoin du positif et du négatif.

Une expérience intérieure

« Les gens qui apprennent à maîtriser leur expérience intérieure deviendront capables de déterminer la qualité de leur vie et de s’approcher aussi près que possible de ce que l’on appelle être heureux. » Mihaly Csikszentmihalyi‎

➢ Se laisser emporter par le flux
Les conditions nécessaires pour entrer dans le flux sont d’une part, les défis et opportunités d’agir qui sollicitent nos compétences sans les inhiber, et d’autre part des objectifs clairs et un feed-back immédiat à propos des progrès effectués dans l’accomplissement de ses objectifs. Chacune de nos actions même les plus simples (repasser des vêtements, préparer un repas, jardiner, faire le ménage…) peut être l’occasion d’expérimenter le flux de l’expérience optimale. Cela dépend de l’intention avec laquelle on s’y engage et de la qualité des compétences mobilisées pour l’accomplir. L’expérience optimale implique une volonté de s’engager et d’agir.
• Cela peut demander un investissement d’énergie initiale avant de devenir réellement agréable. Le paradoxe est étonnant mais réel. Nous pouvons ne pas avoir envie de faire les efforts nécessaires pour nous engager dans une activité jugée trop contraignante ou fatigante même si l’on sait qu’elle nous fait du bien. On se prive ainsi de la possibilité d’améliorer nos compétences. Le niveau de satisfaction reste faible et les activités deviennent de plus en plus passives. Il y a également un effort d’imagination et une volonté d’explorer de nouvelles capacités, de nouvelles façons d’accomplir ce que l’on a affaire.
L’important n’est pas ce que l’on fait mais la façon dont on le fait. Échapper à nos conditionnements pour nous engager librement.

➢ Être pleinement conscient
• Nous pouvons auto-réguler notre attention pour la fixer sur le moment présent sans nous laisser distraire par des pensées non liées à ce que nous vivons dans un instant. L’exercice de la pleine conscience induit une importante modification dans le fonctionnement du cerveau. Le fait de méditer en pleine conscience crée un espace intérieur dans lequel il est possible de prendre le recul indispensable pour redéfinir qui nous souhaitons être ce que nous voulons faire. S’entraîner à être le plus conscient possible est un acte profondément libérateur, transformateurs, éminemment responsables, susceptible de révéler le meilleur de nous-mêmes.

Les attitudes bénéfiques

➢ Le choix de l’optimisme
• Longtemps, l’optimisme a été considéré comme une preuve de naïveté, un manque de réalisme, une sorte de pathologie. L’optimisme est un état d’esprit et de nombreuses des études indiquent qu’il est associé aux succès sportifs, professionnels, politiques, etc. L’optimisme est gage de bonne santé, facteur de guérison et éléments de longévité. Les personnes optimistes ne manquent absolument pas de réalisme. Elles sont conscientes, avec une vigilance particulière mais elles ne s’inquiètent que si les menaces méritent un changement de comportement de leur part. Les pensées et émotions positives qu’elles éprouvent leur permettent de percevoir les dangers sans être trop effrayées. Alors elles ne sont pas paralysées par leurs pensées et leurs émotions négatives, elles ont une plus grande confiance en elle-même et gère d’autant plus efficacement les situations auxquelles elles sont confrontées.
Les personnes optimistes confrontées à des difficultés arrivent à ne pas se déprécier et à garder confiance en leur capacité à gérer les situations. Certaines cultures favorisent davantage l’optimisme que d’autres…

➢ Une existence pleine de sens
« Avant de nous demander si la vie a un sens, il faudrait s’imaginer que c’est à nous de donner un sens à la vie, à chaque heure, à chaque jour.» Victor Frankl

Le sens a un aspect directif : le fait d’avoir un but et devrait à son accomplissement, structure notre vie. Cela nous oblige à organiser nos pensées et enchaîner nos actions selon une logique précise. Nous sommes au service de nos valeurs et répondons à nos besoins. Nous exprimions nos forces de caractère et nous exploitons nos ressources physiques. Nous nous sentons pleinement vivants, nous avons le sentiment que nous réaliser.
Le sens a un aspect informatif : nos pensées et nos actions sont porteuses d’information. À mesure que nous progressons vers l’un de nos objectifs, nous percevons la logique de nos comportements et comprenons les liens qui existent entre nos besoins, nos désirs, nos intentions et nos actions. Souvent, les difficultés de l’existence constituent une occasion de découvrir en nous des ressources insoupçonnées et de nous révéler à nous-mêmes plus grands, plus profond que nous l’avions imaginé et cela nous rend heureux. Franchir des obstacles est un plaisir souverain de l’existence. Il est important d’offrir aux gens la possibilité d’avoir un travail riche de sens, orientée vers des réalisations constructives, utile à la collectivité et faisant appel à leur compétence.

Le secret d’une bonne vie

« Il n’y a point de chemin vers le bonheur. Le bonheur est un chemin. » Lao Tseu

➢ Se concentrer
Savourer le plaisir et trouver une satisfaction immédiate n’est pas très difficile. En revanche, rester content longtemps est moins aisé. Un bon moyen de savourer notre plaisir est d’arrêter de faire plusieurs choses en même temps et se concentrer sur une seule activité à la fois.

➢ Ralentir
Se concentrer sur une tâche à la fois obligea ralentir le rythme de ses actions. Cela exige de préciser ses priorités et de faire des choix, d’accepter certains renoncements.

➢ Diversifier et sous doser les stimulations qui provoquent le plaisir
Notre cerveau est constamment en attente de nouveautés : le fait de l’abreuver de stimulations identiques de façon répétitive finit par le rendre indifférent. Le souvenir d’un plaisir est lui-même un plaisir, tout comme l’anticipation d’une satisfaction est une satisfaction. Souvent l’attente d’un événement agréable génère plus de contentement que l’événement lui-même. Cela s’explique par le fait que les circuits cérébraux de la récompense génèrent un plaisir qui est nécessaire pour motiver nos actions.

➢ Simplifier
Simplifier notre comportement afin de mieux optimiser notre contentement.

➢ Remercier
Le fait d’éprouver de la reconnaissance pour ce que nous vivons est un bon moyen de focaliser notre attention sur les aspects agréables de notre existence.

➢ Partager des sentiments positifs
Inviter les autres à vivre avec nous des moments de plaisir et célébrer nos accomplissements avec eux accroît notre sentiment de bonheur.

« Notre vie est ce qu’en font nos pensées. » Marc Aurèle