Toucher la vie, Thich Nhat Hanh

Toucher la vie, Thich Nhat Hanh

Harmoniser le corps et l’esprit : Respirer

➢ « Hapiness is here and now »
• Dans la vie quotidienne on se perd tout le temps, le corps est ici mais l’esprit est ailleurs, à ressasser le passé, ou à se projeter dans le futur. À ces moments-là nous ne sommes pas réellement en prise à la vie, et l’esprit n’est pas avec le corps. Or, le seul moment où l’on peut être vivant est le moment présent. 
• La tendance universelle et l’échappatoire. Nous tentons d’échapper à nous-mêmes. La télévision ou la radio, les romans, les magazines, la voiture, le téléphone les magasins… Tous sont des moyens pour échapper à nous-mêmes, nous évader.
• Nous rentrons en nous par la voix de la respiration consciente. C’est la porte principale. La contemplation du corps dans le corps, la contemplation des sensations dans les sensations, la contemplation de l’esprit dans l’esprit, il a contemplation des objets de l’esprit dans les objets d’esprit.

Respirer : revenir à soi-même
La respiration consciente permet de réaliser l’unité du corps et de l’esprit. Le seul objet de votre concentration devient la respiration. Le passé n’est plus, le futur n’est pas encore là. Une seule chose est là : votre respiration.
• Vous pouvez marcher très lentement ou vous pouvez marcher très vite, peu importe. L’important est de marcher en pleine conscience. Dans la vie quotidienne, vous êtes habitués à courir pour atteindre le bonheur, c’est une habitude qui a été transmise par nos ancêtres. La pratique, l’entraînement, consiste à arrêter cette habitude. Le moment présent est la destination, il est l’arrivée. La vie est là, disponible avec ses merveilles, à chaque instant.

S’entraîner à revenir au moment présent
• À chaque journée qui commence, suivez votre respiration. Vous inspirez et vous expirez et vous vous dites qu’une nouvelle journée vous est offerte et que vous êtes là pour la vivre. Avec beauté, avec solidité, avec liberté.
Être attentif à sa respiration génère du bonheur. Essayez de respirer quand vous éprouvez de la joie. Par exemple quand vous êtes en contact avec la beauté de la nature, pratiquez la respiration consciente. Touchez profondément cette beauté devant vous. La joie, le bonheur sont des choses possibles si vous pouvez vous rendre à l’instant présent pour ne pas rater le rendez-vous avec la vie. Vous avez un rendez-vous avec la vie dans l’instant présent.

Apprendre à s’arrêter

S’établir dans l’instant
• L’arrêt est une composante essentielle de la méditation Bouddhique. D’abord l’arrêt, ensuite le regard profond.
• Il est possible de toucher la vie à chaque instant de la journée et de s’installer dans le moment présent.
• Pratiquer l’arrêt permet d’être beaucoup plus soi-même. De reconquérir sa souveraineté. D’être plus solide et plus libre. Plus les libertés sont importantes, plus le bonheur est grand.

Les deux aspects de la réalité
• Regardez l’océan. À la surface nous voyons des vagues monter et descendre. Il y a des vagues qui naissent, d’autres qui meurent. Mais chaque vague possède en elle même la substance appelée eau. Les notions de naissance, de mort, ne s’applique pas à l’eau. Les vagues représentent la dimension historique et l’eau représente la dimension ultime.
Quand on regarde, on touche profondément sa propre nature, on peut entrer en contact avec sa réalité ultime, libre de la naissance, libre de la mort, libre de toutes notions. La vague n’a pas besoin de mourir pour devenir eau. Elle est déjà eau. Notre vrai bonheur est en nous, notre vrai bonheur est ici et maintenant.
Quand vous aidez quelqu’un, le plus beau cadeau que vous puissiez lui faire, c’est votre vraie présence. 

Respecter son corps physique

Honorer
Respectez vos émotions. Quand vous êtes face d’une douleur ou d’une irritation ou d’une une colère. Ne combattez pas la douleur, ne combattez pas la colère. Embrassez votre colère. La colère est une partie de vous-même à un moment donné. Plus tard, vous pourrez traiter vos émotions, votre douleur, votre colère, votre désespoir de la même manière. Il ne s’agit pas d’éradiquer le négatif ou le mal. Il ne s’agit pas de combattre ses mauvais penchants. Le bonheur peut devenir détresse et la détresse peut devenir bonheur.
• Respectez votre respiration. Ne la modifiez pas. Si l’inspiration est courte, laissez la être courte. Si l’inspiration est longue, laissez la être longue.
• Traitez votre corps avec beaucoup de douceur, de non-violence, de tendresse.

Prendre soin de son corps
Il est important d’apprendre les techniques de la relaxation profonde. Nous avons besoin de cela pour affronter le stress, les turbulences de la vie. Il faut s’entraîner chaque jour. Aimer son corps. Prendre soin de son système nerveux. Je suis là pour la respiration, je suis là pour mon corps physique, pour mes peines, la dépression, pour mes souffrances.
L’intellect n’est pas tout. L’intellect peut-être comme un morceau de plastique recouvrant le sol qui empêche la pluie pénétrer. Votre sol contient beaucoup de semences. Le bon endroit pour commencer est dans votre corps dans vos sensations dans vos perceptions.

Réaliser les trois miracles de la pleine conscience

• La présence véritable est le premier miracle de la pleine conscience.
• Reconnaître la présence de l’autre est le deuxième miracle de la pleine conscience. Quand l’autre personne sent que sa présence est confirmée, reconnu, elle pourra s’épanouir comme une fleur. Aimer, et c’est être reconnu comme existant. Générer votre présence comme le cadeau le plus précieux que vous puissiez offrir.
Maintenir cette présence  est le troisième miracle. Je suis là, l’autre est là. Maintenir cette présence précieuse afin de pouvoir en profiter.

Un nouveau départ

Toucher le passé dans le présent
• Le passé n’est plus. Nous pouvons entrer en contact profond avec le passé à travers le présent.Le passé est toujours là sous la forme du présent. Nous pouvons nous nourrir du passé.
Apprendre du passé : nous pouvons nous ancrer dans le moment présent pour étudier et méditer sur le passé. Se perdre dans le passé est une chose tout à fait différente. Cultiver le regret ou la douleur du passé est se perdre dans le passé.
Transformer le passé : grâce à la méditation.

Toucher le futur dans le présent
• Le futur n’est pas encore là. Nous pouvons entrer en contact profond avec le futur à travers le moment présent. Le présent doit inter-être avec le passé et le futur.
Le présent est la substance avec laquelle nous fabriquons le futur. Le futur sera fait avec le présent. La meilleure façon de prendre soin du futur et de prendre soin du moment présent. Si vous êtes ancrés dans le présent, vous pouvez faire des plans pour le futur il est important de ne pas se perdre dans la crainte du futur.

Savoir écouter pour comprendre et comprendre pour aimer

L’écoute profonde
• Pratiquez l’écoute profonde et la parole aimante. Écouter est un art à cultiver. S’écouter soi-même pour pouvoir écouter l’autre. Éviter de vous fuir et ayez beaucoup de compassion pour vous-même. Quand vous commencez à vous comprendre et à vous aimer vous êtes prêt à comprendre et à aimer l’autre.
• L’écoute profonde consiste à maintenir vivante la compassion dans son cœur tout au long de l’écoute. Écoutez sans juger et sans critiquer. Le seul but est d’offrir à l’autre une chance de s’exprimer. Cette personne va tenir des propos qui peuvent vous irriter. Elle va peut-être vous condamner ou vous blâmer ou encore vous dire des choses erronées. Elle va peut-être aussi vous juger… Vous devez être prêt à tout entendre. Dites-vous: «Je l’écoute non pas pour critiquer, ni pour juger, je l’écoute pour lui donner une chance de s’exprimer, lui offrir un soulagement, c’est tout.» C’est cela l’écoute profonde.

Comprendre
• L’amour la compassion sont faits d’une substance appelée compréhension. Si vous comprenez vous pouvez aimer. Mais si la compréhension n’est pas là il vous est impossible d’aimer.

Guérir sa douleur, penser ses blessures

La pleine conscience
• La capacité de reconnaître ce qui se passe dans le moment présent est la pleine conscience. Une reconnaissance simple sans jugements ou critiques, sans suppressions ou attachements.
• Cultiver la joie : la pratique est agréable, plaisante. La joie, le plaisir sont très importants dans la méditation. Si vous souffrez pendant la pratique, qu’elle est une corvée, votre pratique n’est pas correcte.

Présence à sa douleur
Nous avons peur de notre douleur. Nous cherchons à occuper le mental avec un livre, avec un programme de télévision ou autre, pour que les blocs de souffrance ne remontent pas à la surface. C’est la politique de l’embargo. Vous cherchez l’oubli et consommez des choses que l’on trouve sur le marché et qui vous permettent d’oublier ce qui est.
• Nos blocs de souffrance comme la peur, la jalousie, la détresse ne doivent pas rester figés mais circuler.

Les émotions

Une émotion forte et comme une tempête. Si vous regardez un arbre dans la tempête, les petites feuilles des branches cassent facilement. Elles sont vulnérables. Vous avez peur que la tempête déracine l’arbre. Mais si vous dirigez votre attention sur le tronc de l’arbre en sachant qu’il a des racines profondément enfouies dans le sol, vous avez une impression différente : l’arbre va pouvoir tenir. Vous aussi êtes comme un arbre. Pendant la tempête de l’émotion, ne restez pas au niveau du cerveau. Revenez au tronc de l’arbre. Ce tronc est au-dessous du nombril.
Quand vous êtes victime d’une émotion forte, pratiquez ceci : mettez-vous en position assise pour être solide, ou bien en position allongée. En respirant, ramenez votre attention sur le nombril et sur le mouvement de l’abdomen. Votre abdomen se lève et s’abaisse. Vous suivez ce mouvement. Ne pensez à rien d’autre. L’objet de votre concentration est seulement le mouvement de votre abdomen. C’est pour survivre à la tempête que vous faites cela. Pour survivre à une émotion forte. Mais pour cela fonctionne en pleine tempête, il faut s’entraîner dans le calme.

L’impermanence

• Quand on regarde la nature des choses avec concentration, on découvre qu’elles sont impermanentes, toujours changeantes. Il n’y a d’identité permanente en rien. C’est impermanence n’est pas quelque chose de négatif. Sans elle, la croissance serait impossible. La manifestation serait impossible.
L’impermanence est le cœur même de la vie. Si le grain ne meurt pas la plante ne peut pas pousser.

Réapprendre à aimer

Laissez votre cœur s’ouvrir au monde. N’ayez pas peur d’aimer. L’amour est possible. L’amour est indispensable à la vie, réapprennez à aimer.
• Il faudrait apprendre à parler. Parler avec tout son être. Reconnaître la présence de l’autre comme quelque chose de très précieux.

La pratique de la non poursuite

La non poursuite est une forme de concentration, une pratique du regard profond. La non poursuite consiste à ne pas placer un objet devant vous, ou un but et à courir après. Il faut provoquer une révolution dans la pensée et s’arrêter.
Regardez en vous-même, vous verrez que vous n’êtes pas une entité séparée. Nos ancêtres sont présents en vous, vos enfants, vos petits-enfants. Le passé est la sous la forme du présent et le futur et la déjà dans le présent. Les fleurs d’oranger d’un arbre contiennent l’orange.

Vivre, c’est apprendre à mourir

La personne qui ne sait pas mourir ne sait pas vivre, et vice versa.
• Pour ne pas regretter, la seule solution est de vivre chaque minute qui nous est donnée de vivre d’une manière profonde. Pour faire face à l’insécurité, la seule réponse est de vivre le moment présent de manière intense profondément.
Si nous vivons avec beaucoup de projets, beaucoup de soucis, beaucoup de colères, nous devons nous réveiller.
• Dans notre corps, la mort se produit à chaque instant. S’il n’y a pas de mort il n’y a pas de naissance et il n’y a pas de vie. La mort est indispensable à la vie.