Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, Collectif

Votre cerveau n’a pas fini de vous étonner, Collectif

Notre cerveau est plastique

Nos neurones se remodèlent et se reconnectent jusqu’à la fin de notre vie. Contrairement à ce que nous avons tous appris à l’école, les recherches récentes montrent que nos neurones peuvent repousser. Certains neurologues en avaient eu l’intuition dès les années 1960, sans parvenir à le démontrer et nous découvrons peu à peu cet incroyables processus de reconstitution de nos neurones. C’est un changement de paradigme majeur concernant notre connaissance du cerveau. Aujourd’hui, nos images du cerveau sont infiniment plus belles et performantes et on peut démontrer la plasticité de façon incontestable.

La résilience neuronale, entretien avec Boris Cyrulnik

L’absence de stimulation provoque un déficit neuronal
• Les études menées sur des enfants hyper traumatisés qui trouvent finalement un soutien, un «tuteur de résilience», montrent que leurs neurones peuvent repousser. Un champ de neurones ressemble à un champ de blé. La tige du neurone, c’est l’axone, et les multiples jaillissements de l’épi, ce sont les dendrites. Si personne ne vous parle ni ne joue avec vous, si rien ne vous stimule, vos dendrites se couchent comme un champ de blé qui ne serait pas arrosé. À l’inverse, il suffit de vous parler, de vous énerver, de rire et d’entrer en relation avec vous pour que les dendrites de vos neurones se redressent et partent à la recherche de nouvelles connexions. Voilà ce qui se passe quand le processus de résilience se produit dans le cerveau d’un enfant qu’un nouveau milieu accueille.
Sur le plan neurologique, la résilience est un néo-développement qui donne au cerveau des aptitudes particulières que n’a pas quelqu’un d’autre : comme les aveugles de naissance qui apprennent à voir avec leurs doigts.
Les mots ont un effet de résonance
Une visualisation provoque des modifications précises de fuseaux neuronaux qui envoient des informations dans le corps. Une représentation mentale peut modifier notre corps. Les sportifs connaissent bien ce principe. De la même manière si nous avons tendance à ruminer, nous aggravons les processus négatifs.
• Aujourd’hui, l’épigénétique nous dit que nos gènes ne déterminent que très partiellement ce que nous sommes, car ces gènes s’expriment on ne s’exprime pas en fonction de leur environnement au sein duquel intervienne d’innombrables facteurs. Il faut s’entraîner à raisonner en termes de système et non plus de «une cause provoque un effet».

Notre cerveau est social

Nos neurones ont besoin d’autrui pour fonctionner
Nos neurones entrent sans arrêt en résonance avec ceux d’autrui.
• Grâce au perfectionnement des techniques d’imagerie qui permette de visualiser avec une précision de plus en plus fine, les zones actives de notre cerveau, lorsque nous agissons, pensant, parlons, rêvons, ou entrons en contact avec quelqu’un. Nous observons que les neurones ont besoin de la présence physique des autres et d’une mise en résonance empathique avec eux. Les relations cybernétiques, SMS, Internet et autre contacts virtuel ne suffisent en aucun cas.
Les neurones miroirs et émotions contagieuses
• Au moindre échange émotionnel avec autrui a lieu un incroyable faisceau de réactions en cascade dans notre système nerveux central. Nous n’avons pas idée de tout ce qui se passe au plus léger sourire échangé, même avec une personne anonyme. Lorsque nous affrontons quelqu’un, envahis par la colère, nous sommes en résonance totale de la même manière.
• Notre cerveau n’est pas le même selon que nous trouvons notre interlocuteur sympathique, drôle, tonique, stupide, rigide, dangereux. Si quelqu’un nous adresse en hurlant, ce seront les mêmes zones qui en quelques secondes, seront activées dans nos deux cerveaux, qu’on le veuille ou non. Une dispute mais en phase les cerveaux des protagonistes avec des effets négatifs mesurables : la fonction cardio-vasculaire entre en souffrance et les taux immunitaires baissent. Si les disputes se répètent pendant des années, les dommages deviennent cumulatifs.
Tout cela fonctionne, entre autres, grâce aux neurones miroirs, découvert en 1996. Ces neurones miroirs nous montrent que nous avons grand intérêt à développer notre intelligence relationnelle.
Les neurones miroirs nous servent à préparer l’action en renforçant les voies neuronales de notre cerveau moteur. Plus vous répétez l’activation d’une voix même par simple imagination, plus cette fois se renforce et plus le geste auquel elle correspond pas de devenir facile, automatique. Si vous entraînez classiquement les muscles de vos doigts tous les jours pendant plusieurs heures, au bout d’une semaine vous les bougerez 50 % plus vite. Si vous visualisez l’action de vos doigts sans déboucher, vous améliorez votre vitesse d’exécution de 20 ou 30 % grâce au système des neurones miroirs. C’est un processus qui économise l’énergie en préparant l’action en amont.

Entretien avec Jean-Michel Oughoulian

Le désir mimétique
• La découverte des neurones miroirs suscite l’enthousiasme de la part des chercheurs dans toutes les disciplines, des neurosciences à la psychiatrie ou à la philosophie. Si je bâille, il est très probable que vos neurones miroirs vont vous faire bâiller. Si je suis pris d’un fou rire, vous allez sans doute rire avec moi.
• Cette disposition de notre cerveau à imiter ce qu’il voit faire explique l’apprentissage est également la rivalité. Notre désir est toujours mimétique, c’est-à-dire inspiré par ou sur le désir de l’autre. L’autre devient à la fois modèle et rival.
• Stade numéro 1 : La limitation. Stade numéro 2 : Le désir se forme en moi d’imiter mon modèle un cran plus loin, au point de me mettre à sa place. Mon modèle devient peu à peu dans mon esprit mon rival. Et peut-être parfois un obstacle. Sous l’ancien régime, il ne serait venu à l’idée de personne d’aucun manant, d’aucuns marchant appartenant au tiers de état de revendiquer les droits d’un noble ou d’un religieux. Ces derniers n’étaient pas vécu comme modèle, ils étaient juste différents. Alors qu’aujourd’hui, les privilégiés apparaissent tous comme des modèles, donc des rivaux, donc des obstacles, entraînant un ressentiment général.

Notre cerveau est émotionnel et autonome

De nouveaux neurones, même chez les adultes et les seniors!
• Un dogme colossal s’écroule, qui prétendait la chose impossible. Mais le plus important, ce ne sont pas tant les nouveaux neurones, que les nouvelles connexions. Un neurone ne devient opérationnel que si les dendrites se mettent à pousser, le reliant par des synapses à d’autres neurones.
Les six moteurs de croissance des dendrites les plus importants sont : le désir, l’affection, l’interrogation, la réflexion, l’action, l’effort volontaire.
• Ce qui détruit les neurones : le vieillissement, le stress, la pollution, certaines maladies, la passivité. Un neurone s’use et meurt beaucoup plus vite si l’on ne s’en sert pas.
Apprendre, aimer, agir, méditer, favorise les connexions synaptiques.
Notre regard a changé grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale qui nous permette d’observer le cerveau humain en action avec autant de précision qu’un microscope électronique. Les chercheurs ont pu ainsi constater de façon formelle que toute expérience, physique, émotionnelle, intellectuelle, faisait naître ou remodeler en nous un réseau neuronal.

Entretien avec Christophe André

Les émotions se trouvent au coeur de la plasticité cérébrale
La neuroplasticité exige énormément de travail de la part du patient. Elle est à la base de tout changement psychique et émotionnel durable et auto produit. On parle d’entraînement de l’esprit.
• Quand vous passez un bon moment, si vous avez appris à intensifier votre conscience de ce bon moment, voulant graver dans votre cerveau de manière beaucoup plus puissante que si vous l’aviez simplement vécu et traverser sans y prêter attention. Vous pourrez ensuite retrouver cet état, même si le contexte environnant et déplaisant.
• Toutes les nouvelles théories sur le bien-être et le bonheur repose sur ce processus. Vous laissez une trace profonde dans votre cerveau.

Entretien avec Thierry Janssen

Une remise en cause des paradigmes sur lesquels nous fonctionnons
• Ce n’est pas un hasard si nous nous posons aujourd’hui ces questions, en pleine révolution informatique. Nous sommes dans un monde dominé par le paradigme de l’information et nos ordinateurs nous offrent un modèle métaphorique pour commencer à comprendre comment une information peut se transmettre.
Dans notre cerveau, l’information circule en gros de deux façons : électriquement à l’intérieur de chaque neurone et chimiquement pour passer à travers la synapse qui relie les deux neurones. Le bit est l’unité d’information.
Notre psyché est fondée sur des flux d’informations.
La plasticité joue dans les deux sens : la fonction crée l’organe est l’organe crée la fonction.

Notre cerveau reste une énigme

Aucun réseau neuronal ne peut se constituer si le facteur déclencheur ne se répète pas des dizaines, des centaines, des milliers de fois. Il faut sans cesse se remettre à l’ouvrage pour apprendre, mémoriser, connaître et agir.
• Il ne faudrait pas que s’installe un nouveau mythe : celui d’une toute puissance qui voudrait que le cerveau soit adaptable à l’infini.